samedi, 28 avril 2012

Le défi pas vraiment réussi de ELLE Belgique

Souvenez-vous, il y a deux mois, j'ai eu un coup au coeur, suivi d'un coup de sang transformé en coup de gueule sur le blog. Après quelques jours de bad buzz (c'est comme ça qu'on dit, maintenant, pour "contre-publicité"), la rédactrice en chef de ELLE Belgique avait pris le temps de répondre à mon billet en promettant, pour le numéro de mai, un shooting spécial "petits prix" basé sur des pièces shoppées chez Zeeman et autres Petits Riens.

 

Mai, c'est maintenant, ou presque. Et le numéro de mai est effectivement en rayon. Chose promise chose due, on annonce la couleur dès la couverture:

 

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Ah! C'est là!

 

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Mais dès la première page du shooting, ça annonce la couleur: un top Les Filles à Papa (dont on voit un bout sur la photo ci-dessus) à 177 euros et des chaîne et pendentifs dont on ne met pas le prix (en langage magazine de mode, ça veut dire "c'est tellement cher que si on met le prix ça fera vulgaire"). Bon. Et avec ça, ya pas de "bas", donc j'imagine que la madame se balade en culotte Zeeman (pour rester dans le thème de départ).

 

Le reste est à l'avenant: les douze looks s'affichent à des prix allant de 23,9 euros (mais on a juste le haut, pas de chaussures ni de pantalon/short/jupe) à... 717,94 euros. Evidemment, dans ce look-là, il y a beaucoup d'accessoires, bracelets en python ou en teck dont on pourrait se délester pour alléger la facture. Mais le look propose aussi un charmant bandeau (oui, un truc qui ne couvre que la poitrine, qui le teste pour aller au boulot?) pour 175 euros et un bracelet sans référence de prix.

 

Un autre look, à 573,85 euros, omet les chaussures et propose quatre "produits" sans référence de prix.

 

J'ai calculé le prix total de chaque look "mode petits prix". Seuls deux sont en-dessous de 100 euros, et encore, c'est parce qu'ils ne sont pas complets. Cinq restent sous la limite de 200 euros, mais aucun ne propose un ensemble (une entité globale) qu'on pourrait porter au boulot ou à un barbecue avec des amis. On en revient à ce que je disais dans le billet précédent: pour le reste, on se balade en culotte parce qu'on a explosé le budget "trendy pieces".

 

L'intention de départ était sans doute louable. Et le magazine a également un "rang" à tenir. Après tout, si on veut de la girl next door (flamande), on n'a qu'à acheter Flair, n'est-ce pas? Je ne suis pas d'accord. Je reste persuadée qu'il y a moyen, tout à fait moyen de proposer une mode chic et pas cheap en allant chiner dans des enseignes pas cher. La tentative avec H&M part dans le bon sens, mais s'arrête avant même d'avoir atteint l'avion vers Zanzibar (l'endroit où a été réalisé le shooting "petits prix").

 

En fait, me disais-je après un brin de réflexion, ELLE trébuche là où les blogueuses mode réussissent (souvent). Ce sont aussi des girls next door, souvent bien plus proches de nos morphologies que les mannequins maigrissimes qui s'étalent à longueur de mag'. Les blogueuses nous donnent une idée plus réelle de ce que donnerait un vêtement sur nous. Elles trouvent les trucs et astuces pour trouver le vêtement qui-ressemble-trop-à-la-it-pièce-de-machin-brol et partagent leurs bons plans réduction sur les sites internet. On s'entend: je vois mal comment un mensuel pourrait proposer des bons plans comme ça, hein. Ca demande une certaine réactivité pour laquelle internet est sans doute l'outil idéal. Mais l'idée est là.

 

Alors oui, c'est bien de mettre en avant des créateurs belges, comme Les Filles à Papa. C'est génial, même, de les aider en leur donnant une visibilité. Mais pitié, quand on dit "petits prix", parlons vraiment de "petits prix". C'est pas une maladie honteuse. Ca permet juste de développer son sens de la débrouille et son imagination. Et ça, ça n'a pas de prix.

 

(pour le reste, of course, ya Mastercard)

18:57 Écrit par Sophie dans Blog, Réflexion, Shopping | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : elle belgique, coup de gueule, mode | |  Facebook |