Réflexion

  • Femme de ménage, la misère sans prendre de gants

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    Cela fait quelques semaines que j'ai entamé -et terminé- le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas. Vous pensez bien qu'à moins que ce livre soit chiant comme la mort, je n'aurais jamais mis plus de 4 jours à le lire. Mais j'avais envie d'attendre une nouvelle série de nuits pour vous en parler.

    Parce que c'est le meilleur moment pour confronter ce livre à la réalité. Pour vous rafraîchir la mémoire, voici ce qu'en dit le quatrième de couverture:

    "La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu'en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l'impression d'un monde en train de s'écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J'ai décidé de partir dans une ville française où je n'ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail. J'ai loué une chambre meublée.
    Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent: j'avais trop à faire là-bas. J4ai gardé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n'ai plus quitté mes lunettes. Je n'ai touché aucune allocation.
    Il était convenu que je m'arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c'est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.
    J'ai gardé ma chambre meublée. J'y suis retournée cet hiver écrire ce livre."

    Or, dans ma boîte, c'est la nuit que les "petites mains" viennent remettre de l'ordre, laver la vaisselle et récurer les toilettes. Toujours les mêmes, invisibles à l'oeil diurne mais incontournables pour les papillons de nuit. Celles sur qui on râle parce que les toilettes sont pas nickel, qui endossent le mauvais rôle quand c'est pas parfaitement rangé, quand il manque des couverts (ben oui, elles avaient qu'à en laver plus!). Ca m'a étonnée quand une de mes collègues s'est elle-même étonnée de ce qu'il y avait des femmes de ménage, la nuit. Comme si tout se faisait par miracle.

    Dans le Quai de Ouistreham, on soupçonne ce genre d'ignorance, ce "cela va de soi" de la part des travailleurs des entreprises dans lesquelles de "petites mains" anonymes passent discrètement. On ressent cette terrible indifférence opposée à ces femmes de l'ombre, décriées et indispensables.

    On ressent le désarroi de cette masse précaire qui se presse à Pôle Emploi, le désenchantement et la démotivation des personnes qui les encadrent. Avec ces "petits", on ne prend pas de gants pour leur dire qu'ils sont "le fond de la casserole", qu'ils n'ont quasiment aucune chance de trouver du boulot, puisque c'est la crise. On leur dit qu'il ne faut pas faire la fine bouche, que s'ils trouvent quelques heures par ci par là, c'est déjà une grande chance. Que même s'ils y perdent financièrement, tous comptes faits, c'est déjà du travail.

    Ca m'a foutu une claque, ce livre, je dois bien l'avouer. Parce que je n'ai pas spécialement l'impression d'être une nantie, une privilégiée. Je fais partie d'un milieu moyen, sans difficultés financières, mais sans opulence. Un milieu plutôt intellectuel, mais pas dans le genre du Milieu parisien (auquel appartient sans doute Florence Aubenas à la base). J'aime penser que j'ai une idée assez précise de comment c'est, quand la vie n'est pas facile.

    Eh bien! Le Quai de Ouistreham m'a dessillé les yeux: j'étais encore à 123 kilomètres de la réalité. Je n'ai pas vu de condescendance dans le regard posé par Florence Aubenas sur ces anonymes. Je crois qu'elle a découvert un monde dont elle ne soupçonnait pas la substance, comme nous quand on la lit.

    Le seul bémol que je poserais, c'est que Florence Aubenas quitte parfois son point de vue totalement subjectif et submergé pour reprendre le poste de narrateur omniscient. Elle explique ainsi les pensées d'accompagnatrices de Pôle Emploi ou de travailleurs d'autres entreprises. Si on part du principe qu'elle est restée anonyme jusqu'au bout, comment peut-elle dans le récit connaître les pensées de la personne en face?

    Pour le reste, elle a le grand mérite de mettre un visage au-dessus de ces petites mains et de les faire exister. La prochaine fois que vous serez au boulot à des heures indues, n'oubliez pas de saluer celles qui vous permettent de retrouver votre chaise de bureau pile face à votre PC.

  • Le paradoxe de la jupe en hiver

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    Parfois, avec mes amies, on a des discussions qui débouchent presque par hasard sur de grandes interrogations métaphysiques. Ainsi de la conversation avec mon amie Anne-Françoise hier:

    Moi: J'ai mis ma nouvelle jupe Comptoir des cotonniers (celle que j'avais commandée sur internet); l'est belle :-)
    Anne-Françoise: :-) suis souvent en jupe ces derniers temps aussi
    Moi: j'aime bien, j'aime encore mieux en hiver, avec les bottes et les bas opaques <3 des robes, des jupes
    Anne-Françoise: clair! en été, j'aime pas!
    Moi: en été j'en mets aussi, mais c'est pas pareil :-)


    La question m'a alors frappée en plein visage (la sal*******pe!): qu'est-ce qui fait que c'est si agréable de se balader en jupe en hiver, alors qu'on risque de se cailler les miches geler les orteils par 0 ou -30* dehors?

    Tentative de réponse n°1: ça efface nos petits kilos d'hibernation

    A mesure que ce mois de novembre super lumineux et ensoleillé (tu parles!) s'égrène, les petites douceurs compensatoires s'installent. Dans les fesses et le bide. Et on peut le dire, il fait moche, cafardeux, noir à 15h (j'en rajoute où on s'organise déjà un car pour aller se jeter dans le canal?), donc on accumule (enfin je, parce que pour vous, je sais pas). Et quand enfin viendra le festif mois de décembre, on se mettra à manger du chocolat et des spéculoos dès le 6 (merci Saint-Nicolas!), du cougnou dès le 8 (merci So Fille :D ) et toutes sortes de mets délicieux et parfois alcoolisés dès, mettons, le 15 (faut bien tester ce qu'on servira aux invités à Noël et Nouvel an).

    La bouée guette. Vous avez déjà tenté de la rentrer dans votre jean's préféré? Aaaaaah! Vous voyez que la jupe et la petite blouse fluide par dessus ont du bon!



    Tentative de réponse n°2: le bas opaque, c'est joli

    Parce que c'est la mode depuis plusieurs années (et que même si ce n'était pas la mode, on en mettrait quand même, on n'est pas des moutons, si?) et qu'en plus ils donnent presque l'illusion que ça protège aussi bien de la petite bise piquante qu'une bonne vieille toile de jean's. Et qu'ils ne se cantonnent plus au strict noir ou à l'un peu plus doux marron, mais s'affichent en rose pâle, jaune moutarde, orange (testé et euh, pas spécialement approuvé...), bleu canard, vert sapin, bref, possibilité de les assortir à tout (ou pas).


    Tentative de réponse n°3: parce que le choix des chaussures est plus vaste

    En été, on a le choix: "mmmmh! avec quoi vais-je porter ma roooooobe? Des sandales ou des sandales?" En hiver, ça se transforme en: "mmmmh! Low boots? Ballerines? Escarpins? Bottes à talons plats? Bottes à talons hauts? Cuissardes?" Le choix est aussi vertigineux que le talon de mes escarpins Guess (portés avec une extrême modération pour cause de forte probabilité de cassage de gueule...). Le fait que j'aie à peu près 25 paires de sandales de toutes sortes et 3 5 paires de bottes est purement fortuit.


    Tentative de réponse n°4: les matières sont plus belles en hiver

    La susnommée jupe commandée chez Comptoir des cotonniers est en soie. Magnifique, toute douce, elle consolerait presque du fait qu'il va falloir sortir dans ce monde violent et tout froid, bouh! Zavez déjà essayé de porter une jupe en soie (doublée polyester) un jour de canicule, vous? J'ajoute: et de prendre le train pour aller au boulot avec cette même jupe en soie? Bah oui, quand vous arrivez péniblement à décoller vos gambettes du siège en skaï, vous devez faire des manoeuvres ni très élégantes ni très discrètes (en gros, décoller votre jupe de vos fesses) en espérant ne pas avoir la trace de sueur de vos jambes flirtant avec le siège. En hiver, point de tout ça! Ca caille, ok! Mais votre jupe en soie, elle ne colle pas! Idem pour la laine toute douce, voire pour le satin. En été, point de salut hors le coton ou le lin.


    Tentative de réponse n°5: le confort des jambes

    Bah oui, il faut bien appeler un chat un chat et une gambette poilue un yéti: en été, si on veut se balader jambes nues, il faut faire la traque à la repousse. Et les poils, ça pousse plus vite en été (je sais, la vie est trozinjuste! Et super mal faite), question de sève ou un machin-brol du style. Résultat: t'as intérêt à montrer tes jambes sitôt sortie de chez l'esthéticienne/de ta séance perso d'épilation parce qu'au bout de quelques jours, c'est déjà plus méga net. Et ça, ça craint (même pour une blonde, snif), à moins de prôner le retour à la nature. En hiver, hop! une paire de bas opaques et l'affaire est jouée! On peut laisser passer son rendez-vous chez l'esthéticienne d'un ou deux jours sans culpabiliser (pas plus, hein, sous peine de devoir ressortir son sexe à pile).


    crédit: Belga
    Evidemment, ya des cas où t'es obligée de mettre des bas de soie sous ta jupe en pleine canicule. Demandez à cette pauvre Mathilde qui, en mission économico-de charme au Mexique, a obstinément porté des bas, même avec ses sandales peep-toes. Ce qui lance une autre grande question métaphysico-modesque que mon amie Anne-Françoise et moi on se pose depuis des mois (et qui mériterait un billet à elle toute seule): existe-t-il des bas "spécial sandales", des qui recouvrent pas les orteils genre "je porte pas de bas mais en fait si"?



    Et vous, vous aimez en porter, des jupes en hiver?

  • Au nom du verre, du vice et du sain d'esprit

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    Je suis doublement baptisée et, ces derniers temps, c'est doublement difficile à assumer. Bon, d'abord, ya le baptême de-quand-j'étais-bébé, celui avec le prêtre et tout ça. Aujourd'hui, les prêtres, ça n'a pas trop la cote, surtout quand ça a les mains baladeuses.

    Le deuxième baptême, c'est celui choisi sciemment à l'université et on peut dire qu'en cette période, les clichés se ramassent aussi facilement que des feuilles en dessous d'un marronnier... J'avais déjà voulu écrire un billet sur le sujet il y a quelques semaines, quand une bleuette de Louvain-La-Neuve a fait un coma éthylique pendant le Roi des Bleus et que, évidemment, les réactions se sont déchaînées pour dénoncer ces petits pervers qui en humilient d'autres trop heureux de se faire gueuler/pisser dessus. *soupir*

    Et puis est venu ce "magnifique" reportage de M6 sur les bizutages, tellement interdits en France qu'ils sont venus voir en Belgique comment ça se passait. Le résultat? Un "reportage" orienté, ne donnant la parole qu'à des déçus du baptême ou à des comitards en pleine activité de bleusaille (et donc dans le registre du 14.000e degré, qui passe en général très mal à la télé).

    Ce billet n'a certainement pas pour but de réconcilier les pro- et les anti-baptêmes, parce qu'il s'agit d'un dialogue de sourds. Même les "ni pour ni contre, bien au contraire" finissent par hérisser les "pro-baptêmes" (souvent des baptisés, en fait) en disant "moi j'suis pas contre, mais j'ai jamais ressenti le besoin de me faire humilier".

    Qui, QUI, a déjà ressenti le besoin de se faire humilier, à part le client un peu particulier d'une maîtresse SM, hein? Tu crois qu'un jour, on se lève le matin en se disant "aujourd'hui, j'ai très envie d'aller me faire humilier?" Mmmmmmmh, non, je ne crois pas. Ou alors, faudrait imposer des tests psychologiques très serrés à l'entrée de l'unif (et des hautes écoles) pour virer aussi sec tous ces futurs flagellés revendiqués (et éviter qu'après, ils se retrouvent peut-être à des postes en vue dans la société, vu qu'il y a des cercles de droit, de Polytech, de médecine et de sciences, pour ne citer que ceux-là). Non, dans les baptisés, ya aussi des gens normaux (si si!), qui ne deviendront pas alcooliques, qui réussiront (parfois brillamment), qui connaissent leurs limites et sont sociables.

    Oui mais oùsque tu veux en venir, alors? Pas très loin, je crois. J'avais juste envie de crier mon ras-le-bol sur les clichés qui continuent à faire les gorges chaudes des forums de discussion sur internet. J'avais aussi envie de dire ma fierté d'être baptisée, d'avoir tenté l'expérience "pour me faire ma propre idée". En fait, fierté n'est même pas le mot. Je suis juste contente. J'y ai mis le temps (après tout, j'ai fait mon baptême en troisième -et avant-dernière- année), mais j'ai basculé dans le camp "pro-baptême" après avoir longtemps dit, moi aussi, que je ne voyais pas l'intérêt d'aller se faire humilier pour tenter de s'intégrer.

    Il n'y a plus besoin de baptême pour se faire des potes à l'unif, du moins pas dans l'unif où je suis allée. D'ailleurs, j'ai été révoltée en apprenant que les non-baptisés de médecine vétérinaire, à Liège, auraient des difficultés à obtenir des notes de cours et même des stages (!!!) parce qu'ils ont choisi de ne pas faire leur baptême. Mais faire son baptême est une bonne façon de découvrir son université d'une autre façon, d'en connaître l'histoire, de s'impliquer dans son fonctionnement.

    Ca permet aussi, dans une certaine mesure, de se découvrir soi-même, de progresser, de réfléchir à ce qu'on est. Si je suis celle que je suis aujourd'hui, c'est -aussi- grâce à mon année de baptême et tout ce qui l'a entourée. J'en garde un très bon souvenir, malgré quelques moments de stress, de fatigue et quelques moments plus difficiles. Ma cérémonie de diplômes, deux ans plus tard, a pris un relief particulier, grâce à mon baptême.

    Et quand Massoeur n°5 (appelons-là Chanel :D ) a annoncé il y a deux ans qu'elle se lançait dans la bleusaille, je l'ai applaudie. Et je suis allée verser une larmichette à sa soirée de baptême.

    Aujourd'hui, cela fait sept ans tout pile que je suis baptisée. Je ne regrette aucun moment de ma bleusaille, je n'en regrette aucune des conséquences.

    Ah! Si! Je regrette une chose: ne pas avoir tenté l'expérience plus tôt.

  • La gueule de bois du lecteur

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    L'urgence de tenir, doublée de la crainte de finir trop vite. Savourer le feu d'artifice final et puis... expérimenter le manque, cette petite solitude, cette question: "et maintenant, que vais-je faire?"








    Oui, terminer un livre, c'est un petit deuil à chaque fois. Une séparation à contre-coeur, surtout quand l'intrigue était prenante, quand l'auteur a réussi à nous prendre par les yeux, par la main, pour nous emmener avec lui au coeur de l'histoire, à côté de ses personnages. Pour moi, le meilleur remède dans ces cas-là, c'est de combattre le mal par le mal: enchaîner directement avec autre chose, un autre livre. Vous pensez qu'on a encore de quoi faire avec les onze kilos (oui, 11 kilos!) de bouquins ramenés de Paris fin juillet? Ahah, mes innocents lecteurs chéris!

    Mais ils sont quasiment tous lus, et depuis longtemps! Ou alors ils sont stockés dans des caisses sur lesquelles je n'ai pas eu la patience de noter consciencieusement tous les titres de bouquins y-stockés.

    Heureusement, M. Léludemoncoeur est un biblivore. Il fait cramer ma carte de crédit sur Amazon.fr pour dénicher ZE perle de littérature journalistique qu'il FAUT avoir pour en être (en être de quoi, je ne sais pas, mais en tout cas, on les a). Oh! Je ne me plains pas! Il m'a ainsi permis de découvrir (mieux vaut tard que jamais) l'excellent Alain Rémond, chroniqueur téléphage de son Oeil dans Télérama et, depuis, billetiste pour Marianne et La Croix.

    Ce type est une source d'inspiration et d'admiration pour moi. Il prouve qu'on peut parler de micro-choses du quotidien, de sa propre vie, de manière intelligente, drôle et vive. Je vous conseille tout particulièrement "Le cintre était sur la banquette arrière", recueil de ses chroniques hebdomadaires dans Marianne. Ca parle de cintre (sans blague?), de banquette arrière (sans blague??), d'amitiés, de chapeau, d'oiseau, de Bretagne. C'est furieusement drôle, fin, bien pensé et écrit. Si un jour je pouvais m'approcher de son brio, je pourrais euh... je sais pas ce que je pourrais faire, mais je serais très heureuse :-)

    Pour éviter la dépression post-lecture, je me suis plongée dans un polar suédois. Depuis la trilogie Millenium, l'envie me démangeait de découvrir d'autres auteurs suédois. Par contre, même si j'aime bien la collection Actes Noirs, je n'avais pas envie de dépenser à chaque fois moult et moult sous. L'autre jour, en ne cherchant pas vraiment, je suis tombée sans me faire mal sur "Je voudrais que cela ne finisse jamais", de Ake Edwardson, un... polar suédois dont le personnage principal est Erik Winter, un commissaire fumeur de cigarillos Corps Diplomatique.

    Par prudence, je n'ai acheté que ce tome-là des aventures d'Erik Winter, me disant que j'aurais bien l'occasion, si ça me plaisait, de racheter les livres suivants une autre fois. Ah! Que j'ai regretté mon accès de raisonnabilité, une fois les 392 pages englouties!! Je me suis retrouvée un samedi midi, orpheline des personnages que je venais de quitter, me demandant jusqu'à l'obsession ce qui leur arrivait ensuite.

    La Suède décrite par Ake (faut un rond sur le A, normalement, pour que ça se prononce Oke) est estivale, voire caniculaire, avec des nuits réduites à rien, des températures qui frisent la suffocation et qui donnent à l'ambiance globale du livre sa moiteur. On est pris dans un étau, une sorte de fatigue physique similaire à celle des personnages. C'est bien écrit, bien qu'un peu lent au début. Mais ça participe sans doute au climat de l'intrigue, ralentie par la chaleur.

    Au bout de quelques heures d'orphelinat, mes yeux sont tombés sur "1984". "Tu ne l'as jamais lu? Oh! Tu devrais!", m'a lancé M. Léludemoncoeur. Sitôt conseillé sitôt fait: je me suis plongée dans l'univers gris de l'Oceania, de son parti Extérieur et de Big Brother. Evidemment, ça fait soixante ans que j'aurais dû lire ce livre. Ou dix ans, à tout le moins, quand "Big Brother", la télé-réalité, a fait son apparition en Flandre. Fainéantise? Manque d'intérêt? Jusqu'ici, je n'avais jamais fait le pas et c'était bien dommage.

    J'ai terminé le bouquin ce matin. C'est désespérant. Flippant. D'autant plus, en fait, que certains passages ont bizarrement trouvé un écho au boulot cette semaine. La réécriture perpétuelle du passé, son effacement pour laisser la place à de nouveaux souvenirs, la mémoire des habitants d'Oceania qui se trouble et change au fur et à mesure de ce que leur dise les chefs, tout ça m'est revenu lors d'une conversation banale avec un collègue. Rien de grave, ni de manipulatoire, mais ça m'a interpellée quand même... Tout ça pour dire que si vous ne l'avez pas encore lu, je vous le recommande vivement.

    Pour éviter la gueule de bois de la lectrice en cours de sevrage, je viens de me jeter sur "Le Quai de Ouistreham", de Florence Aubenas (oui, je sais, quasi un an après tout le monde). Et j'enchaînerai sans doute avec son livre sur l'affaire d'Outreau. J'ai lu des critiques dithyrambiques sur "le Quai", et d'autres qui traitaient Aubenas de spectatrice parisienne chipotant dans le bourbier provincial en se pinçant le nez. J'ai hâte de me faire mon opinion... et éventuellement de vous la faire partager.

    Ceci était l'épisode huit (si j'ai bien suivi) de la série de l'été. Quoi? On n'est plus en été? Bah non, mais tant qu'on a du soleil dans le coeur, hein...

  • Une convive plus qu'imparfaite

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    L'autre soir, j'ai regardé "Un Dîner presque parfait: la Belgique contre le reste du monde". Ya pas à dire, les concepteurs ont le sens de la formule. Et de l'exagération. Car le "reste du monde", évidemment, ça se limite à quatre pays européens, et quatre champions nationaux... qui parlent français aussi bien que vous et moi et même mieux que la plupart de la population de la région du Centre.

    Bon évidemment, si on voulait respecter l'esprit de l'émission (cinq candidats-cinq jours), difficile de faire voyager les cinq gus de Bruxelles à Bombay, puis les envoyer à Rio de Janeiro avant de repartir vers Brisbane et de terminer à Brazzaville. Imaginez leur tête au bout du troisième jour (zauriez encore envie de manger de la purée de manioc, vous, le 5e jour? Surtout après avoir été rassasié par les plateaux-repas des avions...).

    Donc cinq candidats, un Belge, of course, puis une Française, un Anglais, une Allemande et une Grecque, chacun recevant les quatre autres dans son pays et leur faisant (normalement) goûter la cuisine locale. Le tour de rôle: l'Allemande s'y collait en premier, avant le Belge, l'Anglais, la Grecque et la Française.

    Dès la première dégustation, il a été clair que la candidate grecque serait euh, comment dire?... "exigeante". Grimace en goûtant du boudin puis, au début du repas, un "je vous le dis tout net: je n'aime pas le sucre, alors vos desserts je vais y goûter par politesse, mais je déteste ça!" La Grecque ou comment mettre l'ambiance directement pour toute la semaine!

    Elle a tenu toutes ses promesses de Schtroumpf Grognon, faisant la grimace devant l'atelier chocolat ("naaaan moi, chipoter au chocolat, c'est pas trop mon truc!"), devant les escargots (oui bon, c'est pas donné à tout le monde...), l'alliance viande/poisson, les frites, le foie gras, les cuisses de grenouilles, tout tout tout tout (tout tout? tout!).

    Une fois son tour passé, l'Allemande s'y est mise aussi: et vas-y que je critique ceci et vas-y que je critique ça, et vas-y que ça je mange pas parce que je connais pas et que j'ai peur de pas aimer...

    Mais où est-on, quoi?? Oui, dans une émission culinaire pour amateurs. Avec des gens qui n'ont parfois jamais mangé des trucs de base, et qui ne veulent même pas goûter pour se faire une idée. Ils partent du principe qu'ils n'aimeront pas. Je trouve ça triste, parce que c'est cruel pour les autres candidats.

    Je suis peut-être sans doute naïve, mais il me semble que le principe même de ce genre d'émission, c'est le goût de la découverte, le plaisir de la surprise gustative, l'envie de partager des recettes, des saveurs et puis de faire des rencontres. Evidemment, en rassemblant des personnalités de manière aléatoire, on court le risque que ça ne colle pas du tout.

    J'avais vu une série d'émissions à Paris (si je me souviens bien), qui m'avait laissée profondément mal à l'aise. La doyenne, une soixantaine d'années, avait reçu les autres la première. Elle paraissait prometteuse (pas sa cuisine, mais disons la personnalité). Mais dès le lendemain, elle se mit à casser du concurrent et s'associant avec un autre. Leur numéro a très vite frisé l'impolitesse. Vous iriez, vous, chez quelqu'un (que vous ne connaissez pas) en tapant sur la table en rythme "On a faim! On a faim!" ou en disant "mais c'est dégueulasse, c'est quoi??"? (si vous avez répondu "oui" beh euh... je peux vous interviewer?) Et non, la présence de caméras n'est pas une excuse...

    Lundi soir, on a donc assisté à un plissage de nez sempiternel de la candidate grecque, sur son lit de moue dégoûtée de la concurrente allemande, surtout face au Belge et à la Française. Et pourtant, je peux vous assurer que ça avait l'air délicieux, ces macarons "bleu-blanc-rouge" au roquefort (fait maison!!), ces mignardises, ce pigeon suuuper bien présenté.

    L'émission a en tout cas permis de se rendre compte que les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas: ça se critique.



    (mais c'est le Belge qui a gagné et ça c'est cool!)


    (bon, en surfant, je me rends compte que Télé Première a déjà parlé de cette émission... fin juin :-/ Toujours sur la balle la So Fille, trop classe! ;-) )

  • Back!! (oui, déjà :-) )

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    Je me pensais réduite au silence bloguesque (et même net-esque) jusqu'à mardi prochain au moins, jusqu'à ce que notre imprévoyance soit palliée par un technicien zélé de chez Noo (la société de télévision numérique+internet bien connue en Wallonie). Je me voyais déjà contrainte de ruminer mes pensées en moi-même, sans pouvoir les faire partager à tous mes amis Facebook. J'y voyais -philosophe- une forme de rehab (oh I won't goo no no!), me disant qu'une coupure, un retour à la vrévie ne pourrait qu'avoir un effet bénéfique.

    Et puis paf! Au milieu de ce pays de trainings-moumoute (j'ai vu plus de filles en training en deux jours qu'en trois ans passés au loin) et de ce quartier de petits vieux (pardon, de pensionnés actifs), quelques réseaux wifi ont fait leur faible apparition. Faibles, certes, mais suffisants pour écrire un billet blog et laisser éclater sur Facebook ma joie de pouvoir communiquer avec le moooooooonde entchier (comme on dit par ici).

    Réjouissez-vous, mes zamis, déjà, mon déménagement (ne) m'a (pas) tuer. Bon, il m'a niqué les mains (coupures et gerçures en tous genres), le dos (ça rime avec lumbago) et les nerfs (M. Léludemoncoeur se cache encore derrière son clavier). MAIS, mais, ce qui ne tue pas nous rend plus forts. Et plus riches aussi. Oui, parce que le monstrueux toursiveux  chipoteur propriétaire n'a pas été si chipoteur que ça et nous ne nous sommes même pas énervés. Nous en avons été les premiers surpris mais, une bonne heure après le début de l'état des lieux, nous étions sur le trottoir avec nos derniers effets et le papier pour récupérer une garantie locative complète. Ouf!

    Nous voilà donc à temps plein chez Papa et Maman Léludemoncoeur et il faut bien dire que rien n'a vraiment changé. Enfin si, la chambre. C'est toujours la même pièce, mais plus les mêmes couleurs ni les mêmes meubles. Pour le reste, c'est toujours l'accueil débordant de gentillesse, l'odeur de "brodo" (le bouillon de poule) quand on rentre, les conversations qui reprennent naturellement en italien.

    Car oui, mon cerveau embrumé par la fatigue des derniers jours doit se secouer et refaire l'effort, retrouver le mot pour le dire ou la tournure pour le contourner. Je pourrais, si je le voulais, répondre en français, ça ne gênerait personne. Mais avant d'aimer un Italien, j'ai aimé l'italien, tout simplement. Dès l'école secondaire, je me suis dit que j'avais envie d'apprendre cette langue du sud. A l'unif, j'ai commencé mollement, avant de me rendre compte que le cours était rempli de gens qui faisaient comme moi avec le néerlandais: ils avaient choisi la facilité d'une langue qu'ils connaissaient déjà bien, et qui leur rapporterait des points en fin d'année.


    Il a donc fallu M. Léludemoncoeur (et surtout sa famille) pour que je m'achète une méthode Assimil et que je m'y mette sérieusement. Quel bonheur de pouvoir lui sortir "sei un mostro!! ne ho abbastanza!!" (eh oui, ya une leçon sur les engueulades en italien dans la méthode assimil...). Avec les trois ans passés à deux tous seuls dans un appartement-comme-des-grands, on est totalement repassés au français, gardant l'italien (voire le sicilien) pour les vacances. Mais là, c'est reparti et ça me plaît. Ca m'oblige à revoir mon vocabulaire, à l'enrichir, à tenter de décrypter le sicilien pour suivre les conversations plus personnelles, voire carrément censurées (eh oui, ya aussi des injures en sicilien...).

    Bref me revoici l'esprit un peu reposé, la garde-robe (encore) un peu regonflée (merci le petit tour aux Grands Prés de Mons cet aprèm), encore plein de caisses à défaire/trier/ranger et des heures de sommeil à rattraper.

    Cette petite période de disette bloguesque m'a en tout cas permis de me rendre compte qu'il me reste encore tellement de choses à vous dire!

  • Bien l'bonjour de la France!

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    L'autre jour j'ai eu peur, très peur. J'ai regardé la télévision française et je ne suis pas loin de penser comme le beau Paul (Magnette, pour les Françaises qui voudraient le googler): si la Belgique se coupait en petits morceaux, je préférerais aller avec les Allemands. Sont plus gentils, plus doux, plus accueillants.

    Non passque les Français, c'est vraiment Barbares et compagnie (et non pas Barbar, auquel cas je deviendrais of course une fervente militante du rattachement Wallonie-France). Je me demande comment mes parents -ces inconscients!- ont pu nous emmener innocemment en vacances dans cette terre de voyous et compagnie! Non mais sans blague!

    A moins évidemment qu'en 10 ans, le havre de paix se soit transformé en pays de fous furieux.


    Parce que là, coup sur coup, on a vu un magazine sur des jeunes alcoolisés voire franchement alcooliques qui se pètent la gueule consciencieusement tous les week-ends et ce, "près de chez nous". Puis des mom-preneurs dont certaines avaient accumulé les bourdes et les galères et les histoires foireuses. Youpie!

    Et puis un Appel d'urgence à Nîmes, ville adorée de mes vacances d'enfance ("Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime, galamment de l'arène à la Tour Magne, à Nîmes"), gangrenée par les bandes urbaines, la drogue, les vols, les viols, la caillera (comme on dit chez nous). J'ai pas compté combien de temps durait ce reportage, mais on avait le temps de soupeser toute la dangerosité de cette ville chaleureuse (dans tous les sens du terme, surtout caliente caliente, visiblement) dont je me rappelle les crocodiles et les palmiers.

    Après, un reportage sur les armes lourdes qu'on achète quasiment comme du pain dans certaines banlieues et qui ne mettent plus personne à l'abri d'une balle perdue lors d'un règlement de compte. N'hésitez pas à sortir, Braves gens!! La vie est tellement belle!


    Regardez ces quatre zozos qui vivent depuis plus de 100 jours dans une maison, sous l'oeil attentif des caméras (et de vous, puisque vous n'osez plus sortir), sans jamais en sortir... Ah! Ce n'est pas sans risque... l'inactivité a fait prendre 10 kilos (dans les lèvres?) à une candidate encore plus malheureuse depuis qu'elle est sortie...

    N'en restent donc plus que quatre (dont deux Belges, ahahah). Un pseudo-mentaliste vraiment très très lourd, une bimbo blonde, une folle et un grand dadais. Jusqu'à ce soir, où on saura enfin, au bout du suspense et de la nuit, qui est le grand gagnant.

    Et demain, les rues françaises seront encore plus dangereuses, car ces quatre zozos-là, tu vois, ce soir, on les relâche... Ye be warned!