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Chronique radio #18 – Upcycler

Upcycler

V: On termine l’émission avec la séquence “Inspiration”, et aujourd’hui Sophie Lejoly, l’autrice du blog sofille.be. Et aujourd’hui, vous voulez nous parler de la valeur du déchet…

S: Mais oui! Figurez-vous que récemment, pour m’amuser, j’ai commencé à chercher des informations sur la production de plastique, puis sur la production de déchets plastiques, et puis enfin sur les déchets plastiques en mer. Je vous le dis tout de suite: n’essayez pas ça à la maison, ce n’est en fait pas amusant du tout, on finit très vite par avoir envie de se rouler en boule sous la couette en pleurant très fort.

Mais… mais! Si je n’en suis pas arrivée à cette extrémité-là, c’est parce qu’au milieu des infos déprimantes – vous saviez, vous, qu’on rejette 8 millions de tonnes de plastique par an dans les mers et les océans? -, j’ai découvert l’existence d’une entreprise espagnole qui a décidé de se retrousser les manches et de réutiliser les déchets récupérés par les marins de plusieurs ports espagnols quand ils vont pêcher. Ecoalf, c’est le nom de l’entreprise,  transforme du plastique, des vieux filets de pêche et des pneus, notamment, en tissus techniques et en matières premières qui permettent de créer des vêtements, des sacs, des tongs, des baskets et plein d’accessoires à un coût environnemental réduit. Avec 80 bouteilles en plastique, par exemple, ils réalisent une doudoune.

V: C’est intéressant, ça!

S: N’est-ce pas? Moi, en voyant cette combinaison vêtements clean fabriqués en Europe et récupération des déchets, j’ai eu l’impression de décrocher le jackpot!

En fait, Ecoalf fait de l’upcycling, ou surcyclage si on veut parler français jusqu’au bout. Le principe de l’upcycling c’est quoi? C’est de prendre un ou des déchets et de leur donner une valeur ou une utilité supérieure à celle qu’ils avaient avant. Ca fait une vingtaine d’années que cette pratique a été nommée comme cela, même si bien évidemment les créatifs n’ont pas attendu pour faire du beau avec des déchets.

V: j’imagine qu’Ecoalf n’est pas la seule entreprise à “surfer sur la vague” des déchets marins, si j’ose dire?

S: Exact! Et en même temps, je crois qu’il y a malheureusement assez de déchets en mer pour approvisionner une myriade de marques sans qu’aucune ne doive mettre la clef sous le paillasson.

J’aime par exemple bien la démarche de Batoko, une marque originaire du nord-ouest de l’Angleterre, au bord des plages – tiens tiens! – et qui fabrique des maillots de bain funs et colorés à base de bouteilles de plastique, de vieux filets de pêche et de vieux textiles. Il y a des modèles “requins”, “dinosaures” ou “léopard”, ça flashe!

En Espagne, il y a aussi la marque Two Thirds (deux tiers en anglais), qui utilise du coton bio et du polyester fait de plastique recyclé. Elle utilise du liège à la place du cuir, et a aussi recours à des matières plus soutenables pour l’environnement.

Plus intemporelle et unisexe, la marque française Hopaal, qui propose des t-shirts et des pulls en coton et polyester recyclés. Là aussi, il y a une vraie attention au circuit court, à la protection de l’environnement – que ce soit en récupérant des déchets ou en utilisant des produits non-nocifs, comme des encres naturelles.

En Belgique, j’ai envie de citer Wear a Story, qui récupère des vêtements des années 80 bien ringards pour les intégrer dans de nouvelles créations bien plus à la page. On n’est pas dans le recyclage de bouteilles ou de déchets marins, mais on reste dans l’idée de l’upcycling avec le réemploi de vêtements qui sinon finiraient à la déchetterie. Pareil pour la marque J’ai retourné la robe de ma mère, qui réutilise le tissu de vieux vêtements pour en créer des nouveaux.

En fait, toutes ces marques se… démarquent justement par leur transparence. Chez Ecoalf, par exemple, on explique à côté de chaque vêtement quel type de déchet a été utilisé. Tous les processus de transformation sont expliqués aussi. Hopaal propose quant à elle un comparatif entre la confection d’un T-shirt classique et d’un de ses T-Shirts. Quand il faut 2.750 litres d’eau pour confectionner un t-shirt classique, Hopaal n’en utilise que 50 pour ses propres pièces (merci le coton recyclé!). Avec ça, 0 grammes de produits chimiques – contre 115 – et 0 grammes de pesticides, contre 5 pour un “classique”.

V: Ah oui! C’est pas mal du tout! Est-ce qu’il y a d’autres déchets qu’on peut valoriser, upcycler?

S: J’ai l’impression que “the sky (ou plutôt the imagination) is the limit”, en la matière, en fait! Je suis par exemple tombée sur une marque française qui fait feu de tout bois, ou plutôt upcycling de tout rebut. Vous voyez les grandes toiles publicitaires, qui sont tendues sur des bâtiments pour annoncer par exemple des expositions? Eh bien! Bilum, c’est le nom de cette marque, les récupère pour les transformer en sacs, en porte-monnaies, en cabat… Bref, vous pouvez vous balader avec à votre bras un petit morceau d’une toile (vachement agrandie) de Monet ou un fragment d’une planche d’Astérix. Mais l’entreprise ne s’arrête pas là: elle récupère et transforme aussi des gilets de sauvetage – vous voyez, ceux des avions qui sont stockés en dessous de votre siège? -, des vieux équipements de la gendarmerie nationale, ou des tissus des sièges d’avion AirFrance. Tout cela se transforme en objets de mode ou de déco. Magie!

Dans une catégorie de déchets moins “glamour”, on peut aussi citer l’initiative de la société française “Facteur céleste” qui valorise les sacs plastiques. Mais oui! Les bêtes et moches sacs vite donnés vite jetés qui sont une catastrophe environnementale (une seconde à produire, 20 Minutes à utiliser, 400 à se dégrader…) retrouvent une seconde vie en jolis paniers, en lampes, en poubelles et en pochettes, le tout fait au crochet. Le gros plus, c’est que les objets sont fabriqués par des femmes burkinabé dans le cadre d’un projet d’aide au développement.

V: Ca permet de faire d’une pierre plusieurs coups! Est-ce que l’upcycling, ça s’applique à tous les domaines? A l’alimentation, par exemple?

S: Oui! Même si on ne parlera peut-être pas d’upcycling, terme qui me semble plus réservé au bricolage/ à la mode qu’à la nourriture. Mais bon, le principe est le même: prendre un rebut et en faire quelque chose, si possible avec une valeur ajoutée. Je pense à deux initiatives belges, voire bruxelloises, en particulier.

D’abord Permafungi, installée à Tour & Taxis et qui fait pousser des pleurotes grâce au marc de café que l’entreprise récolte dans les établissements horeca!

J’ai aussi découvert, il y a quelques jours, une nouvelle marque de crackers d’un genre un peu particulier. Beerfood récupère en fait les grains qui ont été broyés pour faire de la bière et les utilise comme base pour ses crackers. Ils proposent des biscuits apéritifs au curry et un mélange betterave-fenouil qui fonctionne plutôt bien. Pour le moment, le projet est encore un peu en rodage, mais sa diffusion vers le grand public ne devrait pas tarder.

V:  Mais justement, l’upcycling, est-ce que c’est accessible à Monsieur et Madame Tout le Monde? Est-ce que tout le monde peut le faire?

S: A priori, oui! Il suffit d’avoir un peu d’imagination, un ou des objets à transformer, un minimum d’adresse. Bref, en gros, c’est accessible à tout le monde sauf moi – je vous laisse deviner ce qui me manque ^^

Mais oui, il existe plein de tutos sur le net pour transformer des palettes de bois en toutes sortes de meubles plus jolis et pratiques les uns que les autres, tourner des tiroirs en étagères ou en tables de nuit ou transformer des objets divers en lampadaires.

Et il est désormais possible pour les gens qui ont deux mains gauches (non non je ne me dénoncerai pas) ou qui n’ont pas les outils chez eux, ou qui auraient envie de rencontrer d’autres bricolo-récupérateurs de participer à des ateliers d’upcycling, quelques heures pour réaliser un projet avec un encadrement professionnel. A Bruxelles, ce type d’ateliers est proposé par Fais-le toi-même, dont les patronnes, Elise et Lucie, mettent aussi à disposition un atelier partagé pour les upcycleurs et upcycleuses qui n’ont pas assez d’espace chez eux.

Bref, l’upcycling ça devient de plus en plus accessible, c’est une manière plutôt sympa de contribuer à la réduction des déchets, et ça permet parfois aussi de faire des économies. Pas mal, non?

 

Chronique “Upcycler” – Emission “Tendances 1ère” avec Véronique Thyberghien – mercredi 21 février 2018

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