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Chronique radio #14 – Penser positif

Si tu as suivi ce que j’expliquais lundi, tu sais que j’ai publié la quinzième chronique avant la quatorzième, pour la bonne raison que celle-ci parle des petits bonheurs, parce que j’étais allée la dire un vendredi (celui juste avant Noël), et que le vendredi, on ouvre les yeux tout grands.

 

Penser positif

V: C’est la fin de l’émission, ce qui rime avec “séquence Inspiration”! Et on retrouve Sophie Lejoly, l’auteure du blog sofille.be! Bonjour Sophie!

S: Bonjour Véronique, bonjour à tous! Aujourd’hui n’est pas une journée ordinaire! Déjà, je viens vous voir un vendredi, alors que mon créneau à moi, fille d’habitudes, c’est plutôt le mercredi. Mais je suis ravie, positivement ravie, car le vendredi a une place particulière dans mon coeur et une saveur particulière sous la langue. Oh! Pas parce qu’il est annonciateur de week-end, non, non, pas du tout! – bien que ce soit fort agréable -, mais parce que c’est le jour choisi, par certaines de mes amies et moi, pour ouvrir les yeux en grand et faire le point sur tous les bonheurs vécus durant la semaine.

V: C’est pas forcément évident, de trouver des bonheurs toutes les semaines…

S: Eh bien figurez-vous qu’il y en a forcément, même si c’est vrai qu’on n’est pas toujours entraînés à les repérer. Mais c’est d’autant plus nécessaire de les chercher quand ça semble difficile. C’est une de mes amies qui a eu l’idée de systématiser cela tous les vendredis et de le partager entre nous – parce que voir les pépites de bonheur de vos ami.e.s, c’est un bon boosteur de moral et une bonne source d’inspiration -mais déjà auparavant, j’avais appris à déceler les coins de ciel bleu et les arcs-en-ciel les jours de tempête.

V: vous aviez suivi une méthode particulière?

S: non, pas vraiment, si ce n’est la méditation de pleine conscience, et singulièrement le livre “méditer jour après jour” de Christophe André, psychiatre français et auteur de best-sellers en la matière. Je vous avais déjà parlé de cette méditation qui invite à se recentrer sur le présent, sur la présence, à respirer pour se retrouver. Eh bien c’est particulièrement utile quand tout semble se déglinguer, quand on voit la vie en gris foncé, quand les emmerdes s’empilent alors qu’on ne leur avait rien demandé.

La vie est rarement totalement merdique: même au milieu d’un deuil, ou d’une maladie, ou d’une autre épreuve, on peut se surprendre à sourire, pour un souvenir, une parole, un sourire. C’est un peu douloureux, bien sûr, parce que faire cohabiter malheur et bonheur, c’est inconfortable, ça ne semble pas très naturel.

V: C’est déjà difficile, parfois, quand tout va bien, de se rendre compte qu’on est heureux…

S: C’est vrai! “Bonheur, je ne t’ai reconnu qu’au bruit que tu fis en partant”, comme l’écrivait Raymond Radiguet. On n’est pas toujours conscient de ces moments heureux quand on les vit, et c’est quand ils nous manquent qu’on se rend compte qu’ils étaient là. La tentation est grande de se lamenter, mais non! Il en reviendra d’autres, différents mais pas forcément moins bons, plus tard.

V: Et c’est le cas aussi quand la vie est plus difficile…

S: Oui! Comme le dit joliment Christophe André dans “Méditer jour après jour”: “La pleine conscience nous apprend simplement ceci: comme le bonheur est indissociable du malheur, comme la vie ne manquera pas de nous confronter au tragique et au désarroi, autant ne pas rêver d’un bonheur parfait et permanent. Mais apprendre à le savourer par petits bouts: lui laisser une place malgré les tracas et les soucis, au milieu d’eux et non une fois qu’il seront enfuis ou que les problèmes seront réglés (sentir un beau jour que tous nos problèmes sont réglés, ça n’existe pas, surtout si nous sommes des inquiets ou des mélancoliques). Préserver nos petits bonheurs, même dans l’adversité. Surtout dans l’adversité: c’est là qu’ils sont les plus touchants, les plus magnifiques, les plus indispensables.” (fin de citation)

V: Ca marche? Vous avez testé, si j’ose dire?

S: oui. Il y a quelques années, j’ai traversé une de ces tempêtes de la vie, de celles qui soufflent à 11,5 sur l’échelle de Beaufort, de celles qui font qu’on ignore si on tiendra debout ou si le bateau coulera d’ici demain. Et au milieu de cela, peut-être attachée au mât comme Ulysse, j’ai accroché mes yeux aux coins de ciel bleu, aux messages réconfortants, à chaque micro bonheur qui me faisait prendre conscience que la vie, ma vie, n’était clairement pas totalement pourrie. Qu’elle était aussi remplie de beau.

Une de vos invitées, il y a quelques semaines, parlait de l’espoir qu’on garde et qu’il faut cultiver pour avancer vers des lendemains plus riants. C’est exactement ça! Quand je repense à cette période aujourd’hui, je me souviens que c’était dur, c’est vrai, mais je me souviens aussi de tout le doux qui a égayé ma vie.

V: C’est tout un pan assez tendance de la psychologie positive, de se concentrer sur ce qui va bien…

S: c’est vrai! Mais en fait, le concept est assez vieux. En ce qui me concerne, je l’avais sous le nez depuis l’enfance, puisqu’un de mes films préférés de tous les temps, la Mélodie du Bonheur, contient de vrais morceaux de psychologie positive. Alors qu’elle est rejointe par les enfants de la famille Von Trapp apeurés par l’orage, Fraülein Maria les rassure en faisant la liste de ses joies quotidiennes:

“Gaies robes claires, coiffures en nattes

Doux flocons blancs sur mon nez écarlate,

Les fleurs d’avril en bouquet qui reviennent,

C’est là un peu de mes joies quotidiennes;

Quand le chien mord, quand l’abeille pique,

Quand ça marche mal,

C’est simple je pense à mes joies quotidiennes, et tout alors va très bien!”

Bon, depuis 1965, ça a évolué, au point qu’il y a même des “cours de bonheur” à Harvard, l’université américaine hyper cotée. Bon, en vrai, ce sont des cours de psychologie positive lors desquels les étudiants sont amenés à réfléchir à ce qu’est le bonheur et comment le cultiver.

Mais qu’on les appelle “kifs”, comme Florence Servan-Schreiber, petits bonheurs ou pépites, tous les auteurs – et aussi ceux qui pratiquent – s’accordent à dire que lister ses bons moments, ces choses – petites ou grandes – pour lesquelles on ressent de la gratitude, ça augmente le niveau de bien-être et de bonheur. Si on les écrit dans un carnet avant de s’endormir, on améliore même sa qualité de sommeil, paraît-il. Mais peu importe la manière ou la fréquence à laquelle on le fait, l’important c’est de se plier à l’exercice.

V: Mais est-ce que tout le monde peut le faire?

S: oui, absolument! Les gens qui affirment ne pas être doués pour le bonheur n’ont peut-être tout simplement pas essayé assez fort. Certaines études montrent que l’aptitude au bonheur dépend à 50% de facteurs génétiques et à 10% des conditions matérielles dans lesquelles on vit. Cela laisse donc – attention, génie en maths ici! – 40% sur lesquels on a une prise, une possibilité de jouer. Alors même si la génétique ne vous a vraiment pas gâté.e, ça vous laisse quand même encore une marge pour augmenter votre niveau de bonheur…

D’ailleurs, c’est pas très sorcier, et puisqu’on est vendredi, que vendredi on ouvre les yeux en grand pour voir les bonheurs, je vais ici même dresser mon inventaire à la Prévert de tous les petits bonheurs des derniers jours. Attention, ils ne sont pas classés par ordre d’importance ou par ordre chronologique:

  • recevoir ma première carte de voeux avec un message simple mais qui va droit au coeur
  • Accueillir ma soeur à Amsterdam et en profiter pour jouer les touristes dans cette ville que j’adore
  • Recommencer à courir, dans les conditions parfaites (froid mais pas trop, petit matin avant le déjeuner, lovely!)
  • Réaliser un rêve vieux de 14 ans
  • Pousser des portes et tomber sur des endroits charmants
  • Marcher pour le plaisir de marcher en papotant. Ne pas oublier de lever les yeux pour profiter des beautés alentours
  • Sentir les odeurs de Noël – sapin, mandarine, cannelle – et me rappeler pourquoi j’aime tant cette période
  • Me dire que ça y est, les jours ont arrêté de raccourcir, et que quand les illuminations de Noël s’éteindront, ils auront même commencé à rallonger
  • Rencontrer de belles personnes porteuses de chouettes projets
  • Voir plein de citoyens se mobiliser inlassablement pour héberger et véhiculer des migrants et me dire que peut-être ce Parc Maximilien sera vide pour Noël.
  • recevoir plein de messages qui font comme une aura d’amour bienveillant
  • Profiter de deux pleines semaines de congé
  • Prendre le temps – même s’il n’y en a plus beaucoup – pour réfléchir au(x) meilleur(s) cadeau(x) de Noël
  • Lire et adorer “En attendant Mister Bojangles”
  • Retrouver avec délice les personnages de Camilla Läckberg dans son roman “La Sorcière”
  • Venir à la radio, évidemment
  • Pouvoir souhaiter un joyeux anniversaire en direct à Melissa Monaco, la chroniqueuse globe-trotteuse
  • Et last but not least, savoir qu’on se retrouvera, vous et moi, à la rentrée de janvier!

 

Chronique “Penser positif” – Emission “Tendances 1ère” avec Véronique Thyberghien – vendredi 22 décembre 2017

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