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Chronique radio #11 – Déconnecter

Et voilà déjà la onzième, qui pourrait paraître paradoxale par rapport à la dixième (où je disais mon amour des réseaux sociaux) mais que tu comprendras mieux en lisant mon billet Partir seule pour se retrouver. Souvent je doute, pour ces chroniques: est-ce que je ne répète pas toujours la même chose? Est-ce que je ne suis pas trop ceci ou ça? Et puis je me rends compte à quel point je suis chanceuse de pouvoir réfléchir et d’aller livrer le fruit de ces réflexions, de ces choses auxquelles je crois profondément, régulièrement à la radio <3 Je ne vais pas trop y penser, parce que sinon je crois que j’aurai le vertige 😉 On se retrouve sur les ondes mercredi prochain!

 

Déconnecter

V: Pour conclure l’émission, on retrouve la séquence Inspiration, avec aujourd’hui Sophie Lejoly, l’auteure du blog sofille.be. Quoi de neuf, Sophie?

S: Ah beh! J’allais justement vous le demander! Est-ce que la guerre nucléaire a été déclenchée? Est-ce qu’on trouvé un vaccin contre le cancer? Est-ce que les gens sourient un peu plus dans le métro? Je viens de passer dix jours à déconnecter, et ça m’a fait un bien fou!

V: Vous avez tout débranché?

S: Ouep! Tout, tout! Pas de réseaux sociaux, pas d’infos, relever les mails perso juste pour en effacer les 9/10e et laisser les mails pro en veilleuse.

V: Attendez… il y a trois semaines, vous n’aviez pas fait l’éloge des réseaux sociaux?

S: Si, si! Mais j’assume parfaitement mes paradoxes! Je trouve les réseaux sociaux géniaux pour toute une série de trucs, notamment les apprentissages et l’ouverture d’esprit qu’ils permettent. Mais je ne peux pas nier non plus qu’ils sont chronophages. On y va juste pour cinq minutes… et on relève la tête, on reprend conscience même si j’ose dire, deux heures plus tard. Entre-temps, qu’a-t-on fait? On a pris des nouvelles de l’un ou de l’autre, on a peut-être participé à la polémique du moment, guetté qui réagirait à une de nos publications, vagabondé de liens en liens jusqu’à plus soif.

V: ceci dit, tout ça, on n’est pas obligés…

S: non, c’est vrai, même si c’est plus difficile de faire abstraction des réseaux sociaux quand on est blogueur. Les réseaux sociaux sont presque indispensables pour partager du contenu et répondre aux lecteurs. Et quand vous “oubliez”, Facebook est là pour vous rappeler que vos abonnés n’ont plus entendu parler de vous depuis trop longtemps.

Bref, de temps en temps, sortir de ces injonctions, et déconnecter quasiment littéralement, ça devient nécessaire, voire salutaire…

V: Et ça ne concerne pas que les réseaux sociaux!

S: En effet! Vous saviez que deux Belges sur trois restent joignables pour le boulot sur leur lieu de vacances? Et il y en a même un sur six qui répond à des demandes non-urgentes… Et les Belges ne sont pas des extra-terrestres, hein! C’est une tendance constatée partout en Europe: les travailleurs déconnectent de moins en moins du boulot. Certains expliquent qu’ils veulent éviter d’être submergés en rentrant, d’autres qu’ils veulent garder un oeil sur ce que fait leur équipe – bonjour la confiance!-, bref les vraies coupures deviennent rares. Et c’est vrai qu’avec un smartphone et la fin des frais d’itinérance – le fameux roaming – partout en Europe, ça devient encore plus facile de rester connecté.

V: Vous faites comment, vous, pour déconnecter?

S: Eh bien… je pars en vacances, et depuis quelques années, je choisis de coupler ces vacances avec une vraie coupure numérique. Comme je le disais là tout de suite, je m’interdis d’aller voir ce que postent mes amis sur Facebook, de checker les petites et grandes tracasseries qui font jaser sur Twitter, les photos qui font rêver sur Instagram et je me concentre sur la réalité. Ça veut dire aussi que pendant mon voyage/mes vacances, je ne poste ni photos ni anecdotes qui amèneraient à coup sûr leur lot de réactions, de notifications et donc de tentation d’aller vite voir ce qui vit sur lesdits réseaux sociaux. Je ne laisse plus personne valider ou envier mes vacances en temps réel. Ca n’a l’air de rien dit comme ça, et peut-être que ça semblera l’évidence-même aux auditeurs, mais moi, il m’a fallu du temps pour m’y mettre et apprécier.

V: Est-ce que ça marche?

S: Sur le moment-même, absolument! Ça permet de sortir complètement de son quotidien, de le laisser derrière soi – après tout, c’est quand même pour ça qu’on part en vacances, non? – et de garder son temps et son énergie pour autre chose: de la lecture, des visites, de la sieste, de l’introspection, sans être interrompu toutes les cinq minutes par une envie irrépressible d’aller vérifier ses mails professionnels ou les dernières nouvelles sur Facebook. C’est vertigineux, le temps qu’on récupère! moi, pour partir cette fois-ci, je n’avais prévu que deux livres et de quoi écrire (beaucoup), et au début, j’ai un peu paniqué: et maintenant? Qu’allais-je faire de tout ce temps?

V: Vous avez fait quoi?

S: eh bien j’ai notamment accepté l’idée de m’ennuyer! D’avoir du temps où je n’avais rien prévu, ni raid vers de la nourriture, ni activité, ni rien. Ce qui est bien, quand on s’ennuie, c’est qu’on peut penser. Alors je sais, hein, que dans le quotidien aussi, on pense. On pense même beaucoup: pas oublier d’acheter du pain, vérifier le journal de classe du petit, tiens où ai-je mis mes clés?, faudrait refaire une lessive couleurs j’ai plus de petites culottes, pffff j’ai pas d’inspiration pour le souper de ce soir, etc etc. Mais quand on lâche ce quotidien, quand on s’autorise à s’ennuyer, on peut penser plus amplement: où en suis-je dans ma vie? Suis-je heureux en ce moment? Suis-je la personne que je veux être? Ce n’est pas forcément un exercice facile, mais à nouveau, il est salutaire…

V: Est-ce qu’il y a vraiment besoin d’aller loin pour faire cela?

S: Non, bien sûr! Même si mettre plusieurs heures de décalage horaire entre soi et son quotidien, c’est une bonne façon de prendre du recul.

En France et en Suisse, des spas ont mis au point des séjours où vous laissez vos appareils connectés à votre arrivée, et où vous vous laissez ensuite couler dans des activités – massages, méditation, yoga, promenades au grand air, etc. – censées vous reconnecter à vous-mêmes. Evidemment, ça coûte cher – j’ai vu passer un prix de plus de 1.000 euros pour trois jours – mais j’imagine que quand vous n’arrivez plus à lâcher votre smartphone et que vous répondez coûte que coûte à vos mails pro – au point que votre conjoint vous lance un ultimatum – vous finissez par trouver cette somme raisonnable.

V: C’est quand même énorme, quand on y pense…

S: oui, bien sûr, et il y a des moyens bien plus démocratiques! Avant que les rois du marketing s’emparent du concept en le rebaptisant “digital detox”, il était déjà possible de se retirer brièvement du monde. On appelait ça une retraite en monastère. On ne vous enlève pas forcément vos appareils connectés pour les enfermer dans un coffre, mais avouez quand même que ça fait mauvais genre de pianoter sur son smartphone pendant les repas communs, ou d’entendre un “ding” pendant la liturgie, à laquelle les hôtes sont invités à participer.

Oui, c’est assez connoté, évidemment…

V: Or tout le monde ne se sent pas forcément à l’aise dans un milieu religieux…

S: C’est vrai, c’est pour ça que j’ai gardé la solution la plus simple et la moins chère – mais pas toujours la plus évidente – pour la fin! Récemment, je suis allée à une journée de réflexion sur ce qu’est le temps, celui qu’on prend, celui qu’on perd, celui qu’on savoure, et un des intervenants venait parler de sa passion pour la marche à pied. Pas celle, utilitaire, qu’on pratique pour aller d’un point A à un point B en un minimum de temps. Non, celle qu’on pratique comme une forme de méditation, seul.e avec soi-même, ou parfois avec un compagnon de voyage. Vous avez déjà remarqué, en rue, que vous pouvez repérer  – de dos – la personne qui marche le nez collé à son téléphone? Sa démarche se fait plus lente, moins attentive à rester dans le rythme de ce qui l’entoure, et avec la dose nécessaire d’absorption, la personne finira par s’arrêter en plein milieu du trottoir. Moi, ça me rend dingue!

C’est la preuve par l’absurde que marcher en restant scotché à son smartphone, c’est difficile. Et qu’il vaut mieux se promener en levant le nez, en laissant vagabonder nos pensées, en laissant derrière nous le bruit de la connexion. Prendre un bol d’air, physique et mental, avant de se replonger dans le tumulte quotidien.

Les bénéfices ne sont pas négligeables! En faisant autre chose que de rester branché en permanence, on s’autorise à être plus créatif, plus efficace, plus concentré… et plus connecté aux autres aussi!

 

Chronique “Déconnecter” – Emission Tendances 1ère avec Véronique Thyberghien – mercredi 8 novembre 2017

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Comments ( 2 )

  • JOANNA CHARLAT

    Chère Sophie, je viens de vous écouter à la radio – ce qui était un plaisir – mais je voulais juste ajouter un petit détail quant à votre prononciation du mot japonais ‘furoshiki’. C’était une très bonne idée de présenter cette façon très éco et jolie d’emballer les cadeau (mais aussi de transporter son ‘bento’ sur son lieu de travail, transporter des livres etc., avec une façon de nouer efficacement qui est à apprendre) mais il se prononce FU-ROSH-KI pas FU-RO-SHIKI. Au fait, selon le dipthong qui suit le SHI en japonais est prononcé de manière ‘contractée’. Le ‘I’ de SHI ne disparaît pas mais il est à peine prononcé. Bonne continuation! Gambatté!

    • Sophie

      Merci Joanna pour votre gentil commentaire et la précision pour la prononciation de Furoshiki. J’appliquerai vos conseils la prochaine fois que j’en parlerai! Bonne fin de week-end 🙂

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