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Chronique radio #10 – Ode aux réseaux sociaux

Eh bien voilà que, trop pressée de m’envoler un peu, j’ai oublié de partager le texte et le son de ma dixième chronique (déjà!!). C’était il y a trois semaines et j’avais envie de reconnaître ce que les réseaux sociaux peuvent apporter de bon. Tu peux déjà noter dans ton agenda que je serai de nouveau à la radio mercredi, vers 11h45, pour la onzième. 🙂

 

Ode aux réseaux sociaux

V: On arrive tout doucement à la fin de l’émission et c’est l’heure de la séquence “inspiration”, avec Sophie Lejoly, l’auteure du blog sofille.be. Bonjour Sophie! Aujourd’hui, vous nous proposez une sorte de déclaration d’amour…

S: Eh oui! J’ai décidé de vous confesser mon amour des réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux et moi, on se fréquente depuis un sacré bon bout de temps. À l’époque, d’ailleurs, on ne les appelait même pas “réseaux sociaux”, et la plupart du temps, ils passaient complètement sous le radar des médias. À l’époque, on les appelait “forums”, et ça disait bien ce que ça voulait dire: un endroit où on se retrouve pour partager et parler. Certains d’entre eux encourageaient la créativité, d’autres la réussite universitaire, d’autres encore le partage d’informations sur un sujet particulier. Comme ceux qui permettaient – et permettent toujours d’ailleurs – d’échanger des informations médicales et vous prédisent un cancer de la gorge là où vous n’avez qu’un rhume qui commence.

Tous ont vu germer des amitiés, et parfois des histoires d’amour. Je me souviens, c’était entre un thread “crache ta haine et ton désespoir” et un topic “crie ta joie et ta bonne humeur”.

Quand on ne trouvait pas l’amour sur un de ces forums, on allait le chercher du côté de Meetic. Ouaip, je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent se rappeler qu’avec difficulté.

V: C’est vrai que depuis, ça a pas mal changé…

S: Eh oui! On a pris le pli de twitter notre opinion en 140 signes, on a commencé à ajouter comme amis nos amis, puis nos connaissances, puis parfois des inconnus. On s’est mis à liker des avis, des personnes, des photos.

Soudain, il n’était même plus nécessaire de pousser la porte d’un café pour être confronté à des propos dignes de conversations avinées. On a découvert que pour certains, il devenait facile, protégé par l’écran d’ordinateur et un certain anonymat, d’exprimer ses peurs et ses frustrations en insultant, en rageant, en disant que les étrangers ceci, ou les chômeurs cela. L’ambiance nous écoeure, parfois, faut bien le dire. Et pour un peu, on en perdrait presque foi en l’humanité.

Et puis, et puis… il suffit de déplacer un peu le regard pour voir la solidarité que facilitent les réseaux sociaux. Soudainement un groupe se crée pour recueillir les dons de multiples de 2,50 euros, le prix moyen calculé par des bénévoles pour un repas tartines revigorant pour les migrants qui errent au Parc Maximilien. Soudainement la sauce prend, si j’ose dire, et les gens se signalent pour aller faire les courses et préparer les paquets repas, avec l’argent versé par eux, et d’autres qui pensent discrètement qu’on ne peut pas laisser des gens avoir faim ici, près de chez nous. Le groupe s’appelle “deux euros cinquante” et on peut facilement le trouver sur Facebook.

Et puis c’est aussi cette plate-forme qui chaque jour s’anime pour relayer l’appel d’autres bénévoles qui cherchent des volontaires pour sortir une, ou deux, ou trois personnes du froid et de l’incertitude de la rue et du parc. Leur offrir une nuit de répit dans ce voyage rude et mouvementé qu’elles ont entrepris, loin de leur famille. J’ai envie de vous lire, d’ailleurs, un des témoignages laissés sur le blog “perles d’accueil” par une de ces hôtes d’un soir:

“Hier soir, j’ai accueilli un réfugié chez moi pour la première fois. Je n’en ai pas beaucoup parlé autour de moi, mais ceux/celles qui ont compris ce que j’étais en train de préparer m’ont tous dit que j’étais vachement courageuse. Mais non, je ne suis pas courageuse! Eux le sont, de partir, dans le noir, dans une voiture qu’ils ne connaissent pas, avec une personne à qui ils ne sont pas sûrs de pouvoir faire confiance, vers une destination/situation inconnue, de laquelle ils ne sont pas sûrs de sortir indemnes. Et pourtant, il était tout souriant, ne voulait que ce que je voulais, pas faim, pas soif, ne surtout pas se déranger pour lui. Et moi, tout sourire aussi, ne sachant pas ce que je pouvais faire de plus, ce que je risquais d’oublier pour qu’il se sente bien, en confiance, et qu’il puisse enfin dormir une nuit sans avoir peur. Une nuit.  Hier, j’ai mis le doigt dans l’engrenage d’une incroyable chaine de solidarité et j’ai été happée. Car grâce à “hébergement plate-forme citoyenne”, une centaine de personnes sont hébergées chaque nuit. Mais hier, les bénévoles sont partis dépités car tout le monde n’avait pas été logé. Alors, maintenant que j’ai sauté le pas, c’est à votre tour ! Histoire que les bénévoles puissent aller dormir plus tôt et parce que c’est aussi simple qu’un sondage rempli sur une page facebook.”

C’est beau, n’est-ce pas, Véronique? Bon, j’avoue, pour le moment je suis plus dans la team “deux euros cinquante” que dans la team “hébergement”, mais qui sait de quoi les prochaines semaines seront faites?

On en était où? Ah oui! A ce que les réseaux sociaux apportent de bien dans nos vies!

Un peu plus loin que la Belgique, légèrement plus à l’ouest, il y a une initiative que j’adore, c’est Humans of New York. Vous connaissez, Véronique? A la base, une “bête” page Facebook sur laquelle un gars se baladant dans les rues de la Grosse Pomme postait des photos de gens croisés au hasard. Les photos sont belles, mais le plus incroyable, interpellant, magique, dur, ce sont les histoires qui les accompagnent. Des histoires à la fois intimes et universelles, qui touchent pile au milieu du coeur. Et on a  pu y observer à plusieurs reprises des élans de solidarité pour aider l’une des personnes photographiées. Vraiment, si vous désespérez un peu de l’espèce humaine, allez y faire un tour, ça fait vraiment du bien.

Sur un plan un peu plus personnel, les réseaux sociaux m’ont également permis de grandir, et d’évoluer – dans le bon sens, je crois. J’ai toujours été féministe, mais je n’en ai pris conscience, et n’ai affuté mes connaissances, qu’en lisant des discussions passionnées et passionnantes, des articles, des blogs, trouvés sur les réseaux sociaux. Harcèlement de rue, sexisme au travail, écriture inclusive, égalité salariale,… Aurais-je eu accès à la même connaissance sans les réseaux sociaux? Sans doute pas de manière aussi condensée et aussi rapide.

Grâce à eux, j’ai aussi l’occasion de me sensibiliser aux problèmes rencontrés par les – autres – minorités, celles face auxquelles j’ai, en tant que femme blanche hétérosexuelle, de nombreux privilèges dont je ne suis pas toujours consciente, mais dont je prends conscience progressivement grâce à mes lectures.

Alors je sais ce qu’on dit – et ce qui se passe -, que les réseaux sociaux nous enferment dans une bulle cognitive où nous sommes confortés dans nos croyances en nous voyant proposer des relations et des contenus qui correspondent déjà à nos valeurs, en éloignant ce qui est trop “différent”, ceux qui ne partagent pas nos idées. C’est à la fois confortable (c’est pas gai, d’être soutenu dans ce qu’on pense et dit?) et dangereux, parce qu’on se coupe d’une partie de la réalité. Tout l’enjeu sera donc de garder le contact avec ce qu’on aime moins comme points de vue pour continuer à pratiquer l’ouverture d’esprit.

Mais moi ce que je trouve magique, dans les réseaux sociaux, c’est les découvertes humaines qu’ils permettent.  Comme je le disais au début, on y retrouve nos amis, les amis de nos amis et des connaissances. Mais on y entre en contact avec des gens qu’on ne connaît pas a priori, parce qu’on a aimé ce qu’ils ont écrit, ou qu’ils ont aimé ce qu’on a écrit, on échange, on s’apprécie… et quand on se rencontre enfin dans la “vraie vie”, on a l’impression de reprendre une conversation qui ne s’est jamais vraiment arrêtée. C’est à la fois magique et un peu bizarre, il faut bien l’avouer.

D’ailleurs, c’est grâce aux réseaux sociaux, finalement, qu’on s’est rencontrées aussi, toutes les deux, et que je peux venir une semaine sur deux papoter avec vous (enfin, aujourd’hui, c’est surtout moi qui parle, c’est vrai ^^). Et puis que ces chroniques se prolongent, ensuite, dans des témoignages et des discussions pleines de bienveillance. Alors merci à eux, évidemment, merci à vous, aussi, et merci à toutes celles et ceux qui enrichissent ma vie virtuelle, qui n’est pas toujours très éloignée de ma vie réelle.

 

Chronique “Ode aux réseaux sociaux” – Emission Tendances 1ère avec Véronique Thyberghien – mardi 17 octobre 2017

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