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Chronique #17 – Le minimalisme

Aaaaah! Ca faisait un bout de temps que j’avais envie de parler de minimalisme, et voilà que c’est fait, via une chronique! On a presque rattrapé le retard, ce qui permettra de revenir à des billets plus “classiques”, c’est-à-dire avec moins de son dedans ^^

Le minimalisme

V: On termine cette émission en retrouvant Sophie Lejoly, l’autrice du blog sofille.be et aujourd’hui, vous nous proposez de parler d’un “peu” qui signifie en fait beaucoup…

S: (Il en faut peu pour être heureux) C’est quand même dingue, non, que Disney ait eu la réponse depuis toutes ces années? Oui, ce matin, j’avais envie de rappeler que le bonheur est dans le peu, et de causer un peu de minimalisme.

V: qu’est-ce que vous entendez, par minimalisme?

S: Le minimalisme, c’est un mode de vie qui consiste à posséder moins pour vivre mieux et plus. Vous avez déjà bavé devant ces maisons nickel, dans les magazines déco ou dans Une brique dans le ventre? Celles où tout semble à sa place, sans rien qui traîne sur les surfaces? Moi aussi, et puis j’avoue, j’ai versé une larme en relevant la tête et en voyant l’état de ma maison à moi, avec plein de trucs qui traînent partout, ma maison qui n’a jamais l’air totalement rangée, quels que soient les efforts que je fais…

V: C’est dû à quoi, vous pensez?

S: Eh bien sans doute au fait que j’ai accumulé trop d’objets qui ne vont nulle part, n’ont nul endroit où se ranger, et qui donc encombrent mon intérieur.

C’est pas évident de s’en rendre compte, d’ailleurs, parce qu’on se persuade toujours – bien aidés par la publicité et les magazines, souvent – qu’on a absolument besoin de tel objet qui rehaussera notre intérieur, ou de telle machine qui nous facilitera teeeeelllement la vie. Alors que si on y prenait garde, on verrait que ça nous procure surtout de l’agacement.

V: De l’agacement, carrément?

S: Mais oui! Essayez de repenser à un objet qui traîne, chez vous, parce que personne ne l’a ramassé, ou parce qu’il attend là d’avoir une nouvelle utilité. Visualisez-vous en train de passer régulièrement devant et réfléchissez au sentiment qu’il vous inspire… Vous le sentez, l’agacement? Moi, j’ai eu ça, bêtement, avec des cartons que j’avais gardés pour si jamais je venais à repeindre un meuble. Et ces foutus cartons étaient stockés en-dessous d’un escalier en attendant de resservir. Ils avaient théoriquement une bonne raison d’être là – j’allais repeindre ce meuble, bientôt – mais plus le temps passait, plus je tiquais en les voyant. D’abord parce que ce n’était quand même pas très esthétique, et puis parce qu’ils me rappelaient à chaque fois que je ne les utilisais pas pour ce que j’avais prévu de faire.

Le jour où je me suis décidée à m’en débarrasser, j’ai ressenti une légèreté incroyable. Et cette sensation est revenue à chaque fois que je me suis délestée d’objets. Je me suis sentie… libérée, délivrée, pour rester dans le registre Disney.

V: C’est pas toujours facile de se séparer de ses objets, comme ça…

S: C’est vrai. Certains objets sont presque anodins, on s’en débarrasse facilement, parce qu’on ne s’y est pas attaché, ou qu’ils nous agacent, comme je le disais là tout de suite. Mais à côté de ces objets-là, il y en a d’autres avec lesquels les liens affectifs sont beaucoup plus profonds. Rappelez-vous: n’avez-vous pas quelque part un galet ramassé sur cette jolie plage lors de ces magnifiques vacances… et qui prend la poussière dans un coin? Ou une tenue que vous ne mettez plus, ou pas encore, en attendant de perdre quelques kilos? Ou un service d’argenterie offert par tante Ariane et que vous ne sortez quasiment jamais parce qu’il est trop difficile à entretenir? Voilà! Ces objets-là, effectivement, il est plus difficile de s’en débarrasser, parce qu’on y attache un bon souvenir, ou parce qu’il s’agit de cadeaux dont on craint de vexer l’auteur.

V: Comment on fait, alors?

S: Il existe plusieurs méthodes, parce que c’est vrai que le minimalisme est devenu un sujet très tendance ces dernières années, et que de nombreux livres ont été écrits, chacun, presque, avec sa méthode révolutionnaire.

Une des plus connues, c’est la franco-japonaise Marie Kondo, qui a écrit la Magie du rangement. Elle, elle part du principe qu’il ne faut garder que les objets qui nous mettent en joie. Cela implique, en gros, de tous les prendre en main et de ressentir l’émotion qui nous traverse à ce moment-là: si c’est de la joie, on garde, si pas, on s’en débarrasse, en remerciant quand même l’objet pour son utilité passée. On procède par type d’objets, jusqu’à avoir passé tout en revue, et – paraît-il – c’est radical pour désencombrer.

V: Ca marche?

S: J’avoue que je n’ai jamais testé cette méthode, d’abord parce que je ne suis jamais arrivée à terminer le livre (mea culpa) et aussi parce que cela me semblait trop radical: elle conseille en effet de se débarrasser rapidement de ce qui ne procure pas de joie, et donc en gros de jeter tout. Pas génial.

Un autre livre, que j’ai réussi à terminer et qui m’a plus intéressée, c’est “le bonheur est dans le peu” de Francine Jay, une Canadienne. Elle, elle propose sa méthode baptisée “Streamline”, où chaque lettre correspond à une étape, que ce soit le tri, le fait de trouver un écrin pour chaque objet, de regrouper les objets en modules thématiques ou de faire sortir un objet de chez soi chaque fois qu’un nouveau y entre. C’est bien expliqué, ça semble plus accessible, aussi, que la Magie du rangement, et on peut se ménager un sas de “décompression” des objets, où on les laisse décanter avant de les donner ou de les jeter.

Quand on se met à désencombrer, d’ailleurs, on conseille souvent de prévoir plusieurs tas: les objets qu’on garde, ceux dont on ne sait pas encore quoi faire, ceux qu’on va donner parce qu’encore en bon état, et ceux qu’il faudra jeter. Les objets au destin encore indéterminé, parce qu’on ne sait pas trop si on en aura encore besoin, on les met dans une caisse avec la date dessus, on les stocke dans un coin pendant une période déterminée (trois mois, six mois) et puis on avise: en a-t-on eu besoin pendant cette période? Alors on le reprend. Les a-t-on presque oubliés? On les fait sortir de chez soi. Devinez quoi? Souvent, c’est plutôt la seconde option qui est la bonne.

V: Est-ce qu’il existe encore d’autres façons de faire?

S: Oui! Je pense au “Minsgame”, un “jeu” instauré par deux Américains, Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus. Eux, c’est vraiment une American story: les gars qui gagnaient un plantureux salaire et s’achetaient tout ce qui leur passait par la tête, mais qui n’étaient pas très heureux. Et puis à la suite d’une prise de conscience – et d’un déménagement soudain – hop! Ils se rendent compte que 80% de leurs possessions sont superflues et ils deviennent adeptes du minimalisme.

Le “Minsgame” qu’ils proposent peut se “jouer” par des minimalistes débutants ou aguerris, même si le défi est au final plus grand pour les aguerris, vous allez comprendre tout de suite. L’idée, c’est, pendant un mois, de se délester d’un objet le premier jour, de deux objets le deuxième jour, et ainsi de suite jusqu’au 30e ou 31e jour. Au total, c’est près de 500 objets qui peuvent passer à la trappe! A la fois beaucoup et peu, quand on se prend au jeu.

V: Et c’est plus difficile pour les minimalistes aguerris parce qu’ils n’ont plus beaucoup d’objets à faire partir de chez eux, c’est cela?

S: Exactement! Ils sont en général rodés pour trouver les objets superflus dans leur intérieur, mais ils n’en ont parfois pas laissé 500 entrer chez eux depuis leur dernier exercice de désencombrement.

V: Vous avez déjà testé?

S: J’avais commencé, oui, et c’est vrai qu’on se prend rapidement au jeu. Je finissais par évaluer tous les objets chez moi pour savoir s’ils pouvaient disparaître ou non.

V: C’est un peu délicat quand on vit en famille, non?

S: Oui, évidemment. Il vaut mieux commencer le désencombrement par ses propres affaires, et demander l’autorisation aux autres personnes du foyer pour s’attaquer à leurs affaires. Rien ne sert de braquer tout le monde et de provoquer un rejet de la démarche. C’est pas toujours évident de faire comprendre que ça ne sert à rien de garder quelque chose “au cas où” et que si ça n’a pas servi en six mois ou un an, il y a peu de chances que ça serve tout court (et donc, qu’il vaut mieux remettre l’objet en circulation pour que d’autres en profitent).

Chez nous, on a résolu une partie du problème en se fixant un principe: on prend presque rendez-vous pour une séance de désencombrement à deux, et on convient qu’on désencombrera pendant deux heures, par exemple. On met le réveil sur deux heures plus tard, et c’est parti à fond. On a fait ça pièce par pièce et franchement, le résultat était plutôt bluffant! Bon, on avait désigné une pièce comme lieu de stockage de ce qui n’avait plus sa place ailleurs, et il a fallu un peu de temps pour qu’on s’y attaque, mais c’est chose faite, et à nouveau, la libération qu’on ressent fait vraiment du bien.

Parce que c’est vrai que quand on désencombre comme ça, on arrête de se concentrer sur ce que l’on a pour se tourner vers ce que l’on est, et ça ouvre moult possibilités! Déjà, on passe moins de temps à l’entretien de son intérieur, parce qu’on a moins de choses. Et mathématiquement, cela laisse plus de temps pour faire de vraies activités intéressantes, comme voir ses amis, passer du temps avec ses enfants, sortir, méditer ou voyager.

 

Chronique “Le minimalisme” – Emission “Tendances 1ère” avec Véronique Thyberghien – mercredi 7 février 2018

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