Chronique radio #7 - Faire ses courses autrement

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Pour cette septième chronique, j'avais envie de rendre hommage à mes commerçants "de base", ceux sans qui on ne mangerait pas (ou en tout cas moins bien). Même si je vous l'ai déjà expliqué ici, je voulais aussi montrer qu'il est possible de faire ses courses autrement, de manière plus locale, conscience... et joyeuse! J'ai vraiment aimé écrire et dire cette chronique - d'ailleurs ça s'entend dans le podcast, je trouve -, et j'espère que tu prendras autant de plaisir en la lisant et en l'(a) (ré)écoutant!

Faire ses courses autrement

 

V : en cette fin d’émission, c’est Sophie Lejoly, du blog sofille.be, qui nous a rejoints et aujourd’hui, Sophie, vous allez nous parler d’une relation un peu particulière…

 

S : Une relation faite de confiance, de petites anecdotes, de gâteaux partagés, d’apprentissage. Une relation qui fait que j’ai tendance à décompter les jours avant le samedi. Oh ! pas que je m’ennuie durant la semaine, non ! Mais le samedi matin, je retrouve Michaël, Koen, Nadège, Bruno, Albert, Guy et Tania, et Claudio aussi.

 

V : Votre club de tir à l’arc, votre cours de pâtisserie ?

 

S : Non ! Les commerçants qui tiennent des échoppes au marché près de chez moi ! Je les retrouve de samedi en samedi, on papote de tout et de rien pendant que je choisis ce que je vais manger durant la semaine, et je repars en général avec mes sacs remplis et un grand sourire collé sur le visage. Un vrai moment de joie que je ne manque presque jamais, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il canicule.

 

V : Vous faites ça depuis longtemps ?

 

S : Je vais au marché de manière assidue depuis début 2016, quand j’ai pris la décision de réduire mes déchets. Avant cela, je faisais des courses « normales », c’est-à-dire que je passais en vitesse au supermarché quand j’avais besoin de quelque chose. En général, j’en sortais avec plein de trucs totalement dispensables… et bien souvent, sans ce que j’étais venue chercher… quand on n’a pas de tête, il faut des jambes, comme m’a un jour dit sagement un distrait.

 

V : Qu’est-ce qui vous a amenée à changer votre façon de faire les courses ?

 

S : au fur et à mesure de ma réflexion, j’ai voulu commencer à manger plus bio et plus local, pour soutenir les producteurs belges. Or, même si les grandes surfaces font désormais des efforts pour proposer des produits belges, la marge que les producteurs en retirent est assez faible. Donc j’ai cherché d’autres manières de m’approvisionner. J’ai été une cliente enthousiaste de Efarmz, par exemple, une plate-forme en ligne qui propose tous des produits locaux et qui livre les courses à domicile.

Il y a d’autres systèmes, comme les GASAP, les groupes d’achat solidaires de l’agriculture paysanne, ou la Ruche qui dit oui, qui sont aussi disponibles en ville. Là, en général, on va chercher sa commande à un point de dépôt.

Il faut avouer que profiter à la fois des avantages de la ville et des excellents produits de la campagne, souvent en plus en mettant un nom et un visage sur les producteurs, c’est le pied !

 

V : et vous alliez donc aussi au marché ?

 

S : Figurez-vous que pas tant que cela, non. Parce que je recevais mes courses à domicile, et je n’avais pas besoin d’aller en plus au marché.

Et puis j’ai voulu commencer à réduire mes déchets et j’ai donc adopté une nouvelle routine de courses, dont le marché fait pleinement partie.

 

V : En quoi est-ce que le marché est important ?

 

S : simplement parce qu’il permet assez facilement de ne produire aucun déchet. J’y vais avec mes pots et mes sacs réutilisables et je prends exactement les quantités dont j’ai besoin. C’est beaucoup plus facile que le supermarché, où bien souvent les quantités sont plus ou moins imposées (on prend un paquet de 500 grammes de ceci, ou une barquette de 250 grammes de cela).

 

V : ah oui… mais donc le côté « coup de tête », spontané, dont vous parliez pour le supermarché, il n’existe plus, désormais…

 

S : C’est vrai… La préparation de l’expédition dure à peu près aussi longtemps que l’expédition en elle-même (j’exagère à peine !), parce qu’il faut réfléchir a priori à ce dont on a besoin, pour emmener le bon nombre de récipients, s’assurer que les bouteilles réutilisables sont propres, qu’on a encore des boîtes d’œufs, etc. Et puis, il faut embarquer tout cela dans des sacs réutilisables et partir faire la tournée des échoppes.

J’en profite pour rappeler que même si on ne s’inflige pas tout cela (les pots, les bouteilles et le reste), il faut maintenant se munir de sacs réutilisables pour faire ses courses en Région bruxelloise puisque les sacs en plastique à usage unique sont interdits depuis le 1er septembre, ce qui est une excellente chose !

 

V : Tiens, vous n’avez jamais essuyé de refus en présentant vos récipients réutilisables ? Personne pour vous dire que ça ne se fait pas ?

 

S : jamais ! Bon, au début, ils m’ont tous regardée avec un peu d’étonnement. Mais passé le premier moment de surprise, en fait, ils sont plutôt positifs. Le plus difficile, en fait, pour eux, c’est de se libérer de leurs automatismes : ils sont tellement habitués à prendre un sac en papier pour emballer les légumes ou un papier plastifié pour placer la viande ou le fromage, qu’ils en saisissent presque sans y penser au moment de servir leurs clients.

Toute l’astuce a donc consisté à les arrêter à temps d’un « stooooop ! je ne veux pas de sac merci ! » ou d’un « je préférerais que vous utilisiez mon récipient, plutôt ».

C’est un outil formidable pour briser la glace, en fait. Albert, le poissonnier, il a tout intérêt à ce que la consommation de plastique diminue, c’est toujours ça de moins qui se retrouvera à polluer les océans, et par ricochet les poissons. Koen, le fromager, il peut expliquer la différence de texture entre le lait d’hiver et le lait d’été pendant qu’il remplit mes bouteilles. Michaël, le vendeur de produits italiens, lui, il me fait l’inventaire des clients qui, sur les autres marchés, viennent aussi avec leurs pots.

Vous saviez, d’ailleurs, qu’un commerçant ne peut pas invoquer l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire pour justifier son refus de vous servir dans vos récipients réutilisables ? L’Afsca l’indique noir sur blanc sur son site : la pratique est autorisée. Mais les commerçants restent libres de refuser les récipients s’ils ne sont pas adaptés – non, on ne demande pas à mettre ses tranches de jambon dans un sac en plastique – ou si leur propreté est douteuse.

 

V : Si je comprends bien, vous êtes connue comme la Madame aux Pots, dans votre quartier ?

 

S : oui, en quelque sorte. Et ça va au-delà de mon quartier, puisque je les emmène aussi le mercredi dire bonjour à Ignace, un autre fromager, et à la droguerie parfois.

Comme je disais, c’est un excellent outil pour briser la glace, parce qu’on est vite repéré, avec une sorte de bienveillance. Et puis ça pousse aussi à sortir de sa zone de confort…

 

V : En quoi ?

 

S : déjà, la première fois, il a fallu demander s’ils étaient d’accord d’utiliser mes pots, et j’ai donc dû m’exposer à la possibilité d’un refus, prendre le risque de « me taper la gêne », comme je disais quand j’étais ado. Mais de ce côté-là, j’ai été assez vite rassurée, car comme je vous l’ai dit, tous mes commerçants ont fait preuve d’une vraie bienveillance.

Et puis, comme on est servi par une vraie personne au comptoir, il y a aussi plus d’interactions que quand on va à la pêche aux produits dans des frigos ou des rayons. Alors j’ai appris à faire quelque chose que je déteste : parler de la météo sans trouver ça totalement con. Au fil du temps, la conversation évolue, évidemment, quand on se connaît un peu plus, mais la météo reste une valeur sure, ne fut-ce que parce que ces pauvres marchands sont là par tous les temps, et que c’est une composante importante de leur métier.

On échange aussi des recettes, des idées gourmandes et parfois ça dépasse le cadre de l’échoppe ou du magasin. Je vous parlais de gâteaux en début de chronique : eh bien ! à la fin de l’année dernière, pour les remercier des efforts qu’ils avaient faits pour moi, j’ai offert des biscuits faits maison à tous mes commerçants. La semaine suivante, la femme de mon boucher m’offrait un gros morceau de brownie d’une recette dont elle m’avait parlé. Juste comme ça, pour le plaisir et la gourmandise.

 

V : Dites donc, ça a l’air sympa chez vous !

 

S : Mais oui ! En fait, c’est ça que j’aime aussi dans cette « nouvelle façon de faire les courses », qui est en fait un retour aux fondamentaux : elle permet de créer du lien. On se plaint parfois que la vie en ville, c’est froid, impersonnel, qu’on ne parle à personne et qu’on ne connaît pas ses voisins. Eh bien ! Mon marché du samedi, c’est mon antidote à cela. Je crée du lien avec les commerçants bien sûr, mais aussi avec les gens du quartier, parce que la discussion elle s’engage aussi parfois avec les autres clients, qui habitent dans le coin.

Petit à petit, entre les légumes et le fromage, on s’ancre dans sa commune, et on soutient des producteurs et des commerçants locaux plutôt que des multinationales et de l’industrie agro-alimentaire.  Finalement, c’est une sorte d’activisme par l’assiette, et ça, je dois bien avouer que c’est totalement mon truc ! ^^

 


podcast

Chronique "Faire ses courses autrement" - Tendances 1ère avec Véronique Thyberghien - le 6 septembre 2017

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