Chronique radio #5 - Le coût du zéro déchet

Pin it!

Voici déjà ma cinquième chronique radio - et la dernière de la saison! J'ai pris beaucoup de plaisir, globalement, à réfléchir à des sujets, à écrire - parfois très vite - un texte, puis à le fignoler le plus possible pour qu'il coule en bouche et passe le mieux possible à la radio. J'ai essayé de créer des "billets blog de radio", un truc hybride qui soit suffisamment oral pour que ça soit facile à dire mais très écrit aussi, puisque je voulais les partager ici avec vous. J'espère que ça t'a plu autant qu'à moi :-) je te laisse avec ma tartine sur le coût du zéro déchet!

Le coût du zéro déchet

 

V : Dans notre séquence Inspiration, nos blogueurs n’ont pas peur d’aborder les sujets qui fâchent, et notamment les questions de sous. C’est le cas aujourd’hui de Sophie Lejoly, l’auteure du blog sofille.be. N’est-ce pas Sophie ?

 

S : Absolument ! Aujourd’hui, je mets les pieds dans le plat et je pose LA question : le zéro déchet est-il réservé à une élite de bobos pleins aux as ? Attention !  

La réponse va vous surprendre…

 

V : Instinctivement, on aurait tendance à dire que ça coûte plus cher qu’un mode de vie « classique », non ?

 

S : Et oui ! Et pourtant c’est là qu’il faut se méfier – un peu – de son instinct. Et pour cela, il n’y a rien de mieux que de tout mettre à plat. J’ai même lancé un coup de sonde dans un groupe consacré au zéro déchet pour vérifier mes intuitions – oui, parce que je ne suis malheureusement pas du genre à tenir une comptabilité serrée…

Commençons par le truc qui fâche (oui, encore !) et qui donne l’impression que le zéro déchet coûte plus cher…

 

V : Et c’est ?

 

S : L’alimentation ! Quand on passe d’un mode de vie classique à un mode de vie zéro déchet, l’alimentation évolue presque inévitablement. En privilégiant les produits non-emballés, on va en effet s’éloigner, se détourner des produits préparés et des aliments transformés.

De ce point de vue-là d’ailleurs, on y gagne, puisqu’on ne paiera plus pour la transformation des aliments ni pour leur emballage et le marketing qui l’entoure. Selon certaines estimations, cela permet d’économiser 10 à 20% sur le prix des produits !

En plus, on n’est plus coincé par le format que nous imposent les marques, donc on peut choisir la quantité qui nous convient, ni plus, ni moins, pour éviter de gaspiller.

 

V : D’où vient alors cette impression que cela coûte cher ?

 

S : Eh bien, quand on commence à manger « zéro déchet », on prend vite conscience de l’importance de manger des bons produits locaux pour éviter la pollution du transport, et bio pour éviter la pollution des pesticides, et c’est vrai que le bio garde cette image de produits plus chers, et parfois inaccessibles aux petits budgets.

Le problème, comme le notait déjà, dans le film Demain, le Belge Olivier De Schutter, qui a été rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, c’est qu’on a laissé croire aux gens que le prix des aliments, et le budget qu’on y consacre, peuvent être réduits encore et encore. Sauf qu’il n’y a pas de miracles, hein : si on paie peu, soit on reçoit des produits de merde (avec toutes les conséquences pour la santé), soit c’est le producteur qu’on étrangle. Bref, pas cool dans tous les cas.

On peut déjà réduire les coûts en choisissant des produits locaux, achetés directement aux producteurs, ou en réduisant les quantités (acheter par exemple moins de viande, mais de meilleure qualité) et aussi, j’insiste, en cuisinant soi-même ! Faire les collations, les repas, les desserts, tout ce que l’imagination et la gourmandise peuvent nous dicter.

 

V : De ce que vous décrivez là, le zéro déchet ça n’a pas l’air de permettre tant d’économies que cela…

 

S : Ca c’est parce qu’on n’a encore parlé que d’alimentation, qui est un poste important dans un budget, certes, mais qui n’est pas la seule ! En fait, le zéro déchet, c’est un vrai mode de vie, ce qui veut dire que ça touche tous les aspects de la vie. Ses grands principes tiennent en cinq verbes : refuser (ce dont on n’a pas besoin), réduire (ce dont on a besoin), réutiliser (ce qui peut l’être), recycler et puis composter ce qui est passé à travers tous ces filtres. Ça n’a l’air de rien, mais en fait, c’est un vrai changement de mentalité.

 

V : Vous pouvez donner des exemples ?

 

S : Mais bien sûr ! Moi qui achetais frénétiquement des livres sur un site qui commence par Ama et se termine par Zon, j’ai redécouvert le plaisir et la sérendipité qu’offre la bibliothèque. Et cela, pour un prix défiant toute concurrence ! On peut aussi pratiquer l’échange de livres entre amis ou la chasse aux livres – ces livres « abandonnés » dans des endroits publics pour que d’autres lecteurs en profitent.

Je vous ai également déjà parlé des vêtements, qu’on peut acheter en seconde main ou louer : avec cela, on est en plein dans la réutilisation !

La façon la plus évidente, mais pas la plus facile, de faire des économies, c’est de réduire ses besoins : se rendre compte que non, on n’a pas besoin d’une quatrième petite robe noire, du dernier smartphone sorti, alors que celui acheté il y a deux ans fonctionne encore très bien, ou d’un énième produit de soin. En cela, le zéro déchet rejoint la philosophie minimaliste, qui pourrait et devrait faire l’objet d’une chronique à part entière.

C’est d’ailleurs ce que disent la plupart des personnes qui ont répondu à mon coup de sonde : elles vivent plus simplement, elles ont réduit drastiquement leurs dépenses en vêtements, en produits de soins, en jouets pour leurs enfants (pas forcément en les en privant, hein, mais en privilégiant aussi la seconde main), elles font attention à leur consommation d’eau et d’électricité, bref, elles ont une approche globale.

Et puis il y a un secteur assez important dans la vie de tous les jours et dont on n’a pas encore parlé mais qui permet de faire pas mal d’économies…

 

V : Vous m’intriguez ! C’est quoi ?

 

S : Les produits ménagers ! C’est pas méga glamour mais il faut quand même bien que ça se fasse, le ménage, de temps en temps. Et en général, que ce soit le placard sous l’évier ou une armoire à part, ça déborde toujours de produits vendus comme permettant à coup sûr d’éradiquer la crasse. Sauf que ça décape aussi les mains/les voies respiratoires, et le portefeuille, ben tiens ! Vous avez beaucoup de produits pour nettoyer, vous, Véronique ?

 

V : Ben quand même…

 

S : Et pourtant, il est vraiment facile de simplifier et d’économiser ! Il suffit d’une série d’ingrédients de base tout simples et qui coûtent trois francs six sous : le bicarbonate de soude, le vinaigre blanc, le savon de Marseille, l’acide citrique, un peu de savon noir, éventuellement du percabonate de soude, et quelques huiles essentielles et hop ! Même si on a écouté d’une oreille un peu trop distraite les cours de chimie à l’école, on peut facilement créer ses produits ménagers.

 

V : Quels types de produits ménagers ?

 

S : Du nettoyant multiusage à base de vinaigre, de la poudre à récurer pour la plaque de four (en gros, on frotte du bicarbonate sur la plaque avec une éponge en fer et on récupère un ustensile nickel et sans risque d’intoxication), des pastilles pour WC – quand on parlait de glamour… -, et même de la lessive.

Et pour ça, il y a encore mieux : la lessive à zéro euro. Il suffit de trouver des cendres – plutôt en hiver – ou du lierre – plutôt en été -  et avec quelques manipulations très très simples, on obtient de la lessive liquide. Perso, je n’échangerais plus ma bouteille de lessive maison contre un baril de poudre industrielle.

 

V : Est-ce que ça marche aussi bien que les produits industriels ?

 

S : Tout à fait ! Je ne dis pas que tout convient à tout le monde, il faut faire des tests et s’approprier les recettes et solutions qui nous conviennent.

Parce que le zéro déchet, en fait, c’est ça : une série de nouvelles habitudes à adopter et à ajuster à sa vie, petit à petit, à son rythme, pour glisser presque sans efforts vers une nouvelle façon de fonctionner.

 

V : Et quand vous dites sans efforts, c’est donc même sans gros efforts financiers…

 

S : Exactement ! C’est tout à fait accessible aux petits budgets, qui font même sans doute en partie du zéro déchet sans le savoir, parce qu’ils n’ont pas le choix. C’est là d’ailleurs que ça peut être intéressant de changer de perspective, passer de « je me serre la ceinture parce que je n’ai pas le choix » à « je choisis de consommer différemment, plus sobrement et de manière plus consciente ». Le résultat sera à peu près le même – quoique, hein, puisque le zéro déchet c’est bien plus que ça – mais la joie et la sérénité que ça apporte en valent vraiment la peine

Et après ça offre plein de possibilités ! Parce que le petit budget, il peut être contraint et forcé, mais il peut aussi être choisi, en réduisant volontairement son temps de travail ou en choisissant un métier plein de sens mais peu rémunérateur. Bref, le zéro déchet ça ouvre la porte à plein de vies.

 


podcast

Chronique "Le coût du zéro déchet" - Tendances 1ère avec Véronique Tyberghien - le 21 juin 2017

Commentaires

  • Bonjour
    Je vient d 'ecouter votre chronique en radio !qu'est ce qu'on s en branle que vous n'avez plus acheté d'habits pendant 1 an ! C est vraiment honteux de passer à la radio pour ça !

  • Merci pour votre commentaire et votre avis. C'est dommage que vous n'ayez pas perçu la réflexion développée à partir d'un cas personnel, mais ça arrive.

    Bonne journée!

  • Avec un vocabulaire pareil, j'aurais plutôt parié que vous écoutiez NRJ.
    Il faudra cependant apparemment encore un peu d'écoute avant de pouvoir s'ouvrir à des perspectives différentes. Bon courage.

Écrire un commentaire

Optionnel