Chronique radio #4 - L'anniversaire

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Je saaaaaaaaiiiiiiiiis, j'aurais dû partager cette chronique ici vendredi dernier, deux jours après mon passage en radio, et huit jours après mon anniversaire. Ca aurait encore été dans le timing, disons. Mais hé! Je ne serais pas moi sans un foirage de timing et sans la vie qui s'impose... La chronique que je vous présente aujourd'hui me tient particulièrement à coeur, j'ai parfois eu l'émotion tout au bord de la gorge en la disant. C'était le mercredi 7 juin et c'était bien! <3


V : C’est le moment de la chronique de nos blogueurs, et on retrouve Sophie Lejoly, l’auteure du blog sofille.be. Alors Sophie, aujourd’hui, vous avez envie de nous parler d’une date un peu particulière…

S : Figurez-vous qu’il y a quelques jours, c’était mon anniversaire ! D’ailleurs, pour fêter cela, je vous ai apporté des cookies d’anniversaire, mais si ! Je me suis dit que l’alcool, à dix heures du matin, c’était peut-être un peu abuser : Et là, je me rends compte que c’est sans doute la sagesse qui vient avec l’âge, vous voyez ?


V : Sans indiscrétion, ça vous fait quel âge, alors ?

S : Je ne vais pas tenir le suspense plus longtemps : j’ai eu 35 ans, et ça ne m’affole pas du tout ! Je le sais bien, 35 ans, c’est encore jeune, même si chaque jour qui passe m’éloigne inexorablement de mes 20 ans et me rapproche des 50 ans – oui, mis en perspective comme ça, ça donne un autre relief !
Mais je ne suis absolument pas du genre à déprimer pendant des mois à l’approche de la date fatidique et à rester blottie, cachée, sous la couette le jour J. Au contraire, j’adore cette journée pleine de jolis messages, d’amour et de champagne aussi en général. Toutes des choses qui me font engranger les années avec sérénité.


V : C’est vrai qu’on en connaît tous, des personnes qui ont peur de vieillir… Qu’est-ce qui vous rend si sereine, vous ?

S : Déjà, je n’ai pas peur des rides. Ca a l’air con, dit comme ça, mais c’est un peu à contre-courant, quand on voit toutes les techniques qui existent aujourd’hui pour les estomper ou les effacer, purement et simplement, et ces magazines qui nous disent qu’être jeune et le paraître c’est le top. Il n’y a qu’à voir l’argent dépensé chaque année, et ce que s’infligent certaines femmes, pour voir qu’assumer et aimer ses rides ne va pas tellement de soi.
Mais moi, j’aime les beaux visages ridés. Vous voyez, ces personnes âgées dont on voit – littéralement – qu’elles ont été heureuses, et gentilles, et souriantes, et bienveillantes. Et dont le visage s’anime et se plisse dès qu’elles vous sourient ? mon but dans la vie, c’est d’avoir un visage comme cela, un jour. Et ça demande d’y travailler dès maintenant !


V : Ca, c’est pour le physique, mais la peur de vieillir, ce n’est pas juste ça…

S : Non, c’est vrai. Je ne suis pas psy, mais je vous offre ma minute de psychologie de comptoir avec plaisir quand même : je crois que la peur de vieillir est liée à la peur de ne pas s’être encore accompli, de ne pas être encore là où on voudrait, ou devrait.
A nouveau, la société, elle nous vend un modèle où on trouve un bon job, on gravit les échelons pour gagner plus, on se marie, on achète une maison, on fait des gosses, on part en vacances et, à 50 ans, si tout va bien, si on a réussi sa vie, on a une Rolex.
Plus j’avance, plus je me rends compte que réussir sa vie c’est beaucoup plus complexe et plus simple que cela : c’est trouver ce qui nous fait vibrer et quelles sont nos valeurs, pour finir par ressentir ce sentiment merveilleux de faire ce qui est juste, au bon moment et au bon endroit. C’est pas évident, toutes les planètes ne s’alignent pas miraculeusement d’un coup comme ça, et c’est une odyssée qui prend souvent des années.


V : vous avez l’air d’avoir déjà pas mal réfléchi à tout ça… Ca vous vient d’où ?

S : Depuis longtemps, je suis frappée par les récits de personnes qui ont traversé des épreuves comme un cancer ou un grave accident de voiture et qui, parce qu’elles ont pris conscience que la vie peut basculer en un claquement de doigts, décident d’enfin profiter, de cesser de remettre à plus tard leurs projets, leurs rêves ou leurs aspirations profondes. Elles vivent finalement plus intensément qu’elles ne se l’étaient jamais permis auparavant.
Moi, j’ai décidé de ne pas attendre la tuile pour m’y mettre et j’essaie de vivre chaque jour comme si tout pouvait s’arrêter demain. Travailler à mon bonheur, essayer de ne rien regretter, et surtout éviter de me pourrir la vie avec ce qui n’en vaut pas la peine.


V : Et qu’est-ce qui n’en vaut pas la peine, selon vous ?

S : Eh bien, même si c’est pas tous les jours évident, j’essaie de ne pas laisser les complexes limiter ma vie ou mes envies, j’ai arrêté de penser que je ne serai vraiment heureuse qu’avec trois, cinq ou dix kilos de moins.
J’essaie aussi d’éviter que des conflits s’enlisent ou de poursuivre des relations insatisfaisantes qui me pompent plus d’énergie qu’elles ne m’en procurent.
 J’ai également compris que la vie est faite de cycles et que ce n’est pas une catastrophe si on passe par des phases difficiles.
Et puis j’ai appris à dire « non », pour que mes « oui » prennent plus de valeur.


V : Et ça marche ?

S : Ca marche ! Je suis heureuse même si ma vie, comme toutes les vies, n’est pas exempte de problèmes ; j’ai repris et terminé des études pour ne pas rester à un « si c’était à refaire, je ferais le droit ». Je chéris mes amitiés et j’essaie de dire le plus souvent possible aux gens que j’aime que je les aime. Et de le leur montrer, aussi.
Alors je dis pas, il reste encore du boulot : il me reste évidemment – et heureusement ! - des rêves à réaliser, des choses à améliorer, des questionnements existentiels et même des peurs qui m’empêchent parfois d’avancer.
Mais quelque chose me dit que même si la nana de 35 ans ne ressemble pas à ce que celle de 18 ans envisageait – c’était plutôt un truc classique du style « mariée, trois enfants », j’étais un peu trop sérieuse quand j’avais dix-huit ans -, cette nana de 35 ans elle n’a finalement pas à rougir de la comparaison.


V : Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

S : De continuer comme ça ?  De continuer à apprendre, à prendre conscience des combats et des choses importantes, à aimer fort et à le dire, et puis un jour, dans longtemps, d’avoir un visage tout ridé dans lequel on pourra lire toutes les belles aventures qui me seront arrivées.

 


podcast

Chronique "L'anniversaire" dans Tendances 1ère - La Première - mercredi 7 juin 2017

 

image d'illustration: Marilyn, également née un 1er juin.

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