La petite musique qui nuit

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Mais qu'est-ce que je fais là? Pourquoi je parle de ce sujet? Pourquoi ça intéresserait des gens, ce que j'ai envie de raconter? Il y a des gens tellement plus qualifiés que moi...

Ca te rappelle quelque chose, cette petite musique mentale? Moi, oui, elle est là souvent, à me chuchoter que je manque de légitimité, que d'autres seraient plus pertinents.

 

Ca m'arrive dans le boulot, souvent. Je continue à me trouver nulle - ou pas assez bonne, plutôt - des années après, bien que la crainte d'être démasquée se soit un peu atténuée, parce que parfois j'arrive quand même à me raisonner.

 

Mais cette sensation s'applique aussi à mon blog. Je pense à une idée de billet, et puis soudain je "freeze": non mais au nom de quoi, de qui, me sens-je autorisée à écrire sur ça? Quel éclairage pertinent pourrais-je bien apporter? Tiens, même avec ma chronique radio de la semaine dernière, je te raconte?

 

Cette chronique, je l'avais écrite "en test", pour que Véronique Thyberghien puisse se faire une idée de ma voix et de mon style. Visiblement c'était bien, puisque le courant est super bien passé et que la chronique n'a (quasiment) pas changé entre sa première version et celle que tu as vue ou entendue. J'étais vraiment super super contente de la façon dont ce premier contact s'était passé et de ce que ça augurait. Et j'avoue que j'étais fière d'avoir l'honneur d'ouvrir le bal.

Et puis lundi dernier, à la suite d'un qui pro quo, j'ai cru que ma chronique était déplacée à un autre jour. Et mon cerveau a recommencé sa petite musique: oui, en fait, sans doute quelqu'un était meilleur et plus intéressant que moi, je ne voyais que ça. Ca piquait à l'égo, certes, mais ce n'était pas si étonnant, n'est-ce pas? Ca n'a duré que le temps de recevoir le mail me confirmant que oui oui, j'étais bien attendue le mercredi matin, mais bon Dieu, ça m'a plombée...

Et je ne te dis pas l'angoisse le mardi soir à me demander si vraiment ce texte de chronique était une bonne idée, si ça ne ferait pas trop cliché, la blogueuse qui parle de chiffons, si ça ne renforcerait pas encore cette impression que la seule émission présentée par une femme ne peut accueillir que des trucs kikoolol (oh. mon. dieu. L'expression so 2002!). La suite tu la connais, je n'ai pas changé une ligne à ma chronique et l'énorme majorité des retours que j'ai eus étaient positifs (merci, d'ailleurs).

 

J'ai ça aussi dans mes autres activités. J'ai organisé des séances d'information sur le zéro déchet dans ma commune (faudra que je t'en reparle, d'ailleurs) et j'ai presque été tétanisée quand Sylvie, du blog Zérocarabistouille, m'a dit qu'elle comptait venir. Non mais au nom de quoi j'allais aller donner des conseils zéro déchet, avec ma poubelle sortie chaque mois, alors que dans la salle se tiendrait quelqu'un qui n'en sort plus qu'une tous les quatre mois? Il a fallu toute la gentillesse de Sylvie et le pouvoir de persuasion de quelques proches pour que je me calme.

 

Pourquoi je t'aligne tous ces exemples? J'avoue, j'ai hésité à écrire ce billet (sans blague? ^^), mais je me dis que ce sentiment d'être un imposteur dépasse ma personne, du moins j'espère (je crois) (je suis sure) (biffe la mention inutile ^^).

 

Ce syndrome de l'imposteur a été identifié à la fin des années 70, et il a depuis été rebaptisé "expérience de l'imposteur" pour ne pas utiliser le terme "syndrome" un peu trop connoté. Mais la description est là: c'est une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Il y a même un test pour vérifier si on est sujet à ce phénomène. Pour ma part, je te donne un indice: oui.

 

Cela pourrait être dû au fait, ai-je lu, qu'on soit multipotentiels, c'est-à-dire des personnes qui s'enthousiasment très fort pour toutes sortes de sujets, mais se lassent presque tout aussi vite (et là, ça fait écho à mon billet de lundi dernier, après lequel Marie m'a conseillé un chouette TedTalk que je vais te partager ci-dessous).

 

C'est presque "marrant" que je me sente aussi concernée par ce phénomène de l'imposteur/imposture, alors que j'attache tellement d'importance, depuis tant d'années, à remonter mon niveau de confiance en moi et d'estime de moi. C'est dans des cas comme ceux-là que je réalise le travail qui reste à réaliser, et que je me sens toute humble face à la tâche.

 

Et toi? Tu as déjà ressenti cette impression d'imposture? (si oui, tu fais partie des 70% de gens à qui ça arrive, rassure-toi ^^) Tu as des techniques pour lutter contre ça?

 

L'image de Une est tirée de ce top de Buzzfeed.

 

Commentaires

  • Tu as bien fait de rédiger et de partager ce billet. Ca permet d'échanger, de partager, de se rendre compte qu'on est nombreux à vivre les mêmes galères, les mêmes doutes.
    Tu n'es pas parfaite. Ni professionnellement, ni en matière de zéro déchets, ni en rien d'autre.
    Et pour la lectrice que je suis, c'est ça qui est intéressant. Parce que je peux te voir avancer, tâtonner, découvrir des solutions, des outils, ... .
    Tu es inspirante SoFille. Alors ne t'arrête surtout pas de partager tout ça avec nous.

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