• Ca commence par "juste un bonjour"...

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    Certains jours, tout se collisionne trop pour que cela passe inaperçu.

     

    Tenez, hier, une étude française révélait que 100% des femmes avaient déjà été importunées, suivies ou agressées dans les transports en commun (en France). Je précise en France, mais ça m'étonnerait fort qu'il en soit différemment en Belgique. Evidemment, ça interpelle, et, en tant que femme, on ne peut s'empêcher d'essayer de se remémorer ses propres anecdotes. Faut souvent pas chercher bien loin. Et pas uniquement dans les transports en commun, en fait.

     

    C'est quelque chose dont j'ai pris conscience petit à petit mais qui me frappe chaque fois que je l'utilise: cette aptitude à évaluer, tout le temps, automatiquement, les dangers potentiels du chemin que je compte prendre. J'ai du mal à écrire danger et pourtant c'est presque comme ça que je le ressens. Sur mon chemin entre le boulot et le tram, et inversément, quand je vais courir, quand je vais faire des courses, j'évalue les obstacles, et souvent les hommes en font partie.

     

    Pas plus tard qu'hier, en rentrant du boulot, je passe faire une course dans mon quartier, puis je rentre (à pied). En m'engageant dans ma rue, j'évalue les deux trottoirs: celui sur lequel je me trouve est réduit à deux endroits par des travaux, mais les dalles sont plus stables et il ne faut quasi pas traverser de rues. Il y a aussi deux hommes en train de parler. Le risque est qu'ils me bloquent le passage "pour rigoler", ou qu'ils me fassent une remarque, mais tant pis, je le prends. Comme de juste, j'ai droit à un "bonjour" suivi, comme je n'ai pas répondu, d'un "pff, et en plus elle répond même pas".

     

    Ca me fait un peu chier, j'avoue, mais après tout, c'est resté soft. Et puis au JT français, le soir, il y a un reportage sur les "frotteurs du métro", ces types qui se collent contre des femmes même quand il y a plein de place. Ce reportage me rend physiquement malade, et je raconte ma mini-mésaventure à M. Léludemoncoeur, ce bonjour non-sollicité, qui s'ajoute à toutes les autres interpellations non-sollicitées depuis des années.

     

    "Bah il t'a dit bonjour, tu réponds bonjour et puis c'est tout, je vois pas le mal."

    Je tente d'expliquer que si je n'ai pas sollicité ce bonjour, que je n'ai même pas regardé le type, c'est une sorte de harcèlement. Que si j'avais été accompagnée (de mon amoureux), le type n'aurait sans doute rien dit. Je lui demande, à M. Léludemoncoeur, s'il se mettrait à dire bonjour comme ça aux gens dans la rue, des gens qu'il ne connaît même pas de vue.

     

     

    C'est justement ça, en fait, le problème, cette forme de banalisation et de dédramatisation. Evidemment que je me la pose, cette question, quand je me sens mal à l'aise parce qu'un type que je ne connais absolument pas me dit "bonjour": est-ce que je surréagis?

     

    Est-ce que c'est de la paranoïa d'anticiper-je-fais-comme-si-de-rien-n'était de passer pendant mon running près d'un groupe de mecs? On ne parle même pas des éventuels regards, ici. On parle de types qui, deux fois, "font la course avec moi" pour rigoler ou d'autres qui font semblant de me barrer le passage jusqu'au dernier moment.

     

    On parle d'un ado tout surpris quand je lui demande de décoller son genou du mien dans le tram, alors que je suis au bord du malaise physique de ce contact non-voulu et non-nécessaire (pas de tram bondé et de gens collés serrés).

     

    On parle de ces heures de rage après avoir été surprise par un "Eh Mademoiselle! Je te baise quand tu veux!" un matin d'hiver vers 7h, simplement parce que je regardais dans sa direction.

     

    On parle d'une adolescente emmerdée par un type qui continue à se coller à elle et à lui faire des propositions salaces (du moins on suppose, vu que c'était à moitié dans une autre langue) bien qu'elle semble mal à l'aise et glisse régulièrement d'une place à l'autre. Le type qui m'insulte parce que je lui dis de la laisser tranquille.

     

    On parle d'un collègue qui voit pas trop le problème avec la campagne (dégueulasse) de Veritas (tiens, ça rime) "parfois, non, ça veut dire oui", parce que c'est pas dans le même contexte, tu vois.

     

    En même temps, je peux comprendre, hein, qu'on ait du mal à comprendre ce que ça fait. Moi-même, j'hallucine de voir les stratégies de défense que je mets en place préventivement, en modifiant mon parcours parce-qu'on-ne-sait-jamais, en serrant bien fort mes clefs dans mon poing, en marchant plus vite, le dos voûté, en mettant mes écouteurs juste pour du beurre quand je vais courir, histoire de bien montrer que je suis dans ma bulle et que ça ne sert même à rien de m'adresser la parole.

     

    Pourtant, je ne suis pas une trouillarde, je me balade comme j'ai envie dans mon quartier ou ailleurs. Je n'aurais aucun problème à me balader seule tard le soir dans mon quartier (parce qu'il est bien éclairé). Et je n'ai jamais été agressée physiquement (dieu merci).

     

    Mais il n'empêche, à force de méconnaître toutes ces petites gênes que nous subissons, à force de nous dire que quand même, nous surréagissons et qu'avec un peu plus d'humour, ou un simple merci pour ces tentatives de drague certes lourdes, mais après tout, hein, ça fait quand même plaisir, non, de se faire draguer?, nous finissons parfois par minimiser des événements graves. Et en me levant ce matin et en lisant la mésaventure dont ma copine Flo a été le témoin "privilégié" (une agression sexuelle, voire une tentative de viol), je me dis qu'il faut clairement continuer à se battre et à surréagir, et à interpeller, pour que jamais plus une fille ne trouve normal de dire "il m'a juste fait tomber par terre et a juste mis sa main dans mon pantalon".

     

  • Belle ou commune? #choosebeautiful

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    Dans la foulée du billet précédent sur le choix, j'avais envie de partager avec vous la dernière campagne de Dove, #choosebeautiful. Je ne suis pas vraiment fan de la publicité en général, mais il faut bien reconnaître que Dove tape souvent (toujours?) dans le mille, avec des campagnes axées sur l'acceptation de soi, sur les différents types de beauté. Ces campagnes incitent souvent à la réflexion et, même si c'est pour vendre un gel douche ou un déo, je trouve que c'est salutaire (bien que dommage qu'il faille qu'une entreprise commerciale pour le faire) (ceci est la minute militante, merci bisou.)

     

     

    Evidemment, cette vidéo me touche parce qu'elle parle de choix, de choisir de se voir belle plutôt que "commune". C'est (évidemment) loin d'être évident. On pourrait déjà voir comme une victoire de se considérer comme "commune" plutôt que comme "moche", au hasard. Ou grosse, ou difforme, ou trop maigre, ou voûtée, ou en forme de poire, ou de H. Jamais "belle", puisqu'il y a toujours quelque chose qui cloche. Et puis... qui aurait la prétention de se dire "belle", hein?

     

    Et pourtant, quand on choisit de se voir "plutôt pas mal" dans le miroir, quand on choisit de ne pas se réduire à ce bourrelet de merde, à ces pieds plats, à ces cheveux tellement râlants parce que pas comme il faudrait (trop plats ou trop bouclés, évidemment), à ce nez pas parfait, on contribue à son propre bien-être en faisant tout simplement preuve de bienveillance envers soi-même. C'est un choix, oui, à un moment donné, de sourire ou de tirer la langue à son reflet et à ses complexes. Un choix d'accepter sa situation à un moment X, en sachant qu'on a le droit, maintenant ou plus tard, de travailler à la changer.

    On passe notre temps dans des petites et grandes batailles (gestion vie privée et carrière, reprise d'études, réorientation de vie, etc.) où on voudrait déjà que tout soit parfait, alors si, de temps en temps, on arrêtait de se faire violence, en arrêtant de se reprocher d'être trop grosse/moche/molle? Bordel, on est trop occupées à kicker des ass et à assurer comme des bêtes pour s'emmerder à se dévaloriser pour un défaut physique...

     

    (le truc qui m'a définitivement convaincue de partager cette vidéo avec vous, c'est qu'elle finit par nous emmener vers la pleine conscience, un bon outil pour prendre du recul par rapport à cette petite voix intérieure qui nous dit qu'on est nulle).