• Mobilité très douce

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    Passer vite fait à l'agence bancaire de la rue d'à côté. Rigoler quand le guichetier demande le code postal de Schaerbeek - bah oui! ici, c'est la commune d'à côté, et lui en plus, il vient de Liège -, en profiter pour faire un crochet par l'institut de beauté d'Yves Rocher, voir si par hasard il n'y aurait pas de la place, là, maintenant. Soupirer d'aise en se disant qu'on pourra le refaire, vu que c'est à une distance de marche raisonnable même pour un boîteux sur béquilles.

     

    Passer faire quelques courses d'appoint, s'arrêter à la boulangerie, puis chez le maraîcher qui-fait-aussi-les-meilleurs-poulets-rôtis-à-ce-qu'il-paraît. Se dire qu'on repassera chez les poissonnier, tranquillement, toujours tranquillement.

     

    A pied, en profitant du soleil, malgré le froid.

     

    Tout est à distance de marche, exactement comme je l'avais rêvé. La ville, c'est ça, pour moi: n'avoir que quelque (dizaines de) mètres à faire pour entrer en contact avec le banquier, le poissonnier, l'épicier, le boulanger, le tenancier du snack pitta ou la gérante du resto chinois oùsqu'on peut aussi commander un "mezze de sushis".

     

    Plus je sillonne mon quartier, plus je l'aime. Il ne me faudra pas longtemps, je pense, pour devenir une citadine convaincue. Je crois qu'au fond de moi, je l'ai toujours été.

  • Les piliers d'audience

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    Dans la série des acteurs invisibles du procès d'assises, il existe une autre catégorie dont on parle peu: le public. Quoi? Ya des gens qui choisissent volontairement (coucou la répétition) de passer leurs journées enfermés dans un palais de Justice alors qu'ils n'ont été convoqués ni comme témoins, ni comme prévenus? (A part les journalistes, of course)

     

    Eh bien oui. Et le procès De Gelder, en partie à cause ou grâce à sa médiatisation, n'échappe pas à la règle. Bien sûr, à l'intérieur de la salle d'audience, le public est essentiellement composé des nombreuses victimes et de leurs proches. Mais la salle-relais, où est retransmis le procès, est elle aussi régulièrement pleine à craquer.

     

    Il faut les voir dès le matin, faisant le pied de grue dès avant 8h devant la porte fermée pour espérer obtenir les meilleures places. Il faut les entendre meubler l'attente en commentant les témoignages de la veille et en discutant de la culpabilité de l'accusé. Il y a un petit noyau d'irréductibles, pour la plupart des pensionnés qui occupent ainsi leur retraite. Il y a des classes entières, de dessin, de journalisme, peut-être de droit ou de criminologie. Mais ça n'explique pas tout, même en imaginant que Gand soit une ville de vieux et d'étudiants. Parce qu'il est régulièrement arrivé qu'il faille "virer" les spectateurs du matin pour permettre à tout le monde de suivre un petit peu les débats...

     

    Le procès, c'est un spectacle. On y frémit, on écrase une larme, on s'emporte, on rit. On choisit son camp, on écoute de grands plaideurs. Et des moins bons.

     

    Cette curiosité dévorante n'est pas propre à Gand. Le palais de Justice de Mons a aussi ses piliers d'audiences, comme l'a très bien montré il y a quelques mois un reportage de "Tout ça (ne nous rendra pas le Congo)". Les avocats en profitent souvent pour tester un peu auprès de ces habitués l'effet de leur plaidoirie ou prendre le pouls de "l'opinion publique".

     

    Cette fascination pour le morbide, les larmes et la violence me fascine. Je ne peux pas leur jeter la pierre, je trouve les audiences correctionnelles (ou d'assises) passionnantes. Mais c'est mon job, et les petits rituels qu'il m'offre (mettre mon pc entre l'histoire et moi, prendre note, réfléchir aux angles et au style) me permettent de prendre distance. Un tout petit peu.

     

    Mais s'exposer sans filtre, juste pour le plaisir, j'ai l'impression que ça doit être comme le soleil: c'est agréable au début et puis on s'habitue de plus en plus et on finit par avoir le coeur desséché. Ou la vue troublée.

  • Les victimes cachées

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    Un procès d'assises, c'est assez violent. Non dans le verbe - cela ressemble presque à une pièce de théâtre avec ses codes, ses répliques, son cérémonial - mais pour les émotions.

     

    C'est évidemment violent pour les victimes. Elles sont confrontées, souvent pour la première fois, au meurtrier de leur enfant, soeur, maman, grand-mère ou à leur agresseur ou à celui de leur enfant, soeur, maman, grand-mère. Souvent, il ne correspond pas au monstre qu'elles se figuraient. Cela peut-être un garçon d'une vingtaine d'année, barbu et habillé assez soigneusement. Comme Kim De Gelder, par exemple.

     

    Ca doit être extrêmement dur de le voir, indifférent, raconter l'horreur, tenter de minimiser sa responsabilité, jouer au chat et à la souris avec le président qui l'interroge, tenter de maîtriser le cours du procès et d'imposer ses conditions. Revenir sur ses déclarations, se montrer arrogant ou évasif selon les moments. Montrer peu d'émotions par rapport à la gravité des faits et les conséquences sur des dizaines de personnes.

     

    C'est évidemment violent pour la famille de l'accusé, surtout quand le parcours de leur proche avant ce qui lui vaut de comparaître devant un jury populaire ne prédisait en rien la tornade judiciaire dans laquelle ils sont désormais embarqués. Quand d'un coup, le gentil garçon, parfois un peu étrange ou maniaque, certes, se transforme en tueur et s'en prend à ce qu'on appelle parfois "des victimes innocentes". Sans mobile apparent. Ou pour une futilité. 

     

    Ca doit être extrêmement dur de venir expliquer, s'expliquer, raconter que oui, ces faits ont été commis malgré une famille aimante, des parents attentionnés, des grands-parents aux petits soins. Malgré une famille certes pas parfaite (qui peut s'en prévaloir?) mais concernée. Et aujourd'hui ravagée. Venir raconter l'échec éducatif, les souffrances intimes, et les terribles conséquences des faits sur la famille.

     

    Mais il est une catégorie de personnes pour qui, cela m'a sauté aux yeux cette semaine, la cour d'assises représente une épreuve d'une violence énorme: ce sont ces amis, collègues, profs qui, parce qu'ils ont côtoyé l'accusé pendant quelques semaines, mois, années, doivent venir expliquer la nature de leur relation et raconter leur version de l'accusé.

     

    Lever la main droite et dire "Je jure de parler sains haine et sans crainte, de dire toute la vérité et rien que la vérité", puis devoir expliquer que oui, on admirait ce type, là, dans le box, celui que l'ensemble de l'opinion publique hait, qu'on aimait passer du temps en sa compagnie, mais qu'en fait, on ne le connaissait pas vraiment.

     

    Venir dire qu'en tant que collègue, ça allait, mais qu'on le connaissait peu puisqu'il parlait peu. Implorer que la presse arrête de vous harceler, reconnaître qu'on n'a jamais vu quand il mentait et qu'on lui faisait confiance.

     

    Pour ces personnes dont, peut-être, le seul contact avec la Justice jusqu'ici a été un courrier du parquet enjoignant de payer une amende (salée) pour un mauvais excès de vitesse, je n'ose imaginer l'impression qu'a dû leur faire la cour d'assises, son décorum, ces dizaines de personnes qui les scrutent -parties civiles, jurés, avocats, public, accusé. Ce n'est sans doute pas le cas dans tous les procès d'assises (quoique...), mais ici, clairement, j'ai eu le sentiment que ces témoins étaient aussi, quelque part, des victimes de Kim De Gelder.

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  • Soulever un coin du vinyle

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    Tout est parti d'une déchirure. Une sorte d'ouverture dans le vinyle, un petit bout de revêtement remis comme ça, sans chichis.

     

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    J'avais été envoyée en éclaireur pour vérifier que le bel appartement sur lequel nous avions jeté notre dévolu était toujours aussi beau, et en bon état. Le repasser au peigne fin avec les yeux du propriétaire intraitable plutôt que de l'amoureuse transie. Et paf, ce morceau de vinyle remis à la va-comme-je-te-pousse.

     

    J'avais même oublié, entre les visites et ce moment proche de l'acte (authentique, hein, les cochons!), quel revêtement de sol il y avait à l'étage. Je me souvenais des jolis planchers des paliers et du quickstep du living, concession à l'isolation acoustique. Je redécouvrais ce balatum imitation plancher comme nous avions in illo tempore dans l'appart que nous louions.

     

    Et cette déchirure. En-dessous? Des planches. Un plancher. "Ah oui! On avait pensé enlever le balatum et poncer les planchers, et puis finalement...", lâche le vendeur.

     

    PONCER DES PLANCHERS??? 

     

    Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais dans ma première phase "recherche de maison", il y a plusieurs siècles ou deux ans et demi, je m'étais entichée des maisons sans trop de travaux mais-oùsqu'on-peut-quand-même-poncer-les-planchers. Je me voyais conquérir le monde (de la déco) juchée sur ma ponceuse, révélant tout le potentiel d'un plancher qui n'aurait attendu que moi. Et puis ça m'était passé.

     

    Mais là, d'un coup, tout est remonté à la surface. J'ai eu envie d'y aller, de faire un sort à ce vinyle et de gratter mes sols. Pour leur apporter une touche scandinave, une touche de zénitude, notre patte à nous, notre contribution à l'embellissement de ce morceau de (à) nous. Pour marcher à pieds nus et sentir la douceur du bois.

     

    Alors j'ai soulevé des coins du vinyle pour voir l'état des planches en-dessous. Pour rêver, vaticiner (oh! tiens, ça faisait longtemps!), gamberger, imaginer, me projeter.

     

    Ce sera bien. Ce sera très très bien. Vivement! Bientôt...

     

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    Ce à quoi ça devrait ressembler après... (du moins, j'espère)

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  • Le bonheur, c'est simple comme une tasse de café

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    Depuis longtemps, j'aime prendre le temps, le matin, de boire mon café tranquillement, en me réjouissant du rayon de soleil qui réchauffe la pièce ou en scrutant un détail de la table, du mur ou de ma mémoire, en savourant d'être là, à cet instant, et d'avoir la chance de vivre ce que je vis.

     

    Ca a vraiment commencé quand M. Léludemoncoeur et moi partagions notre premier appartement. Auparavant, déjà, j'aimais le rituel du café mais il se faisait commun, au kot. Mon amie Bab's frappait à la porte, bol et sucre à la main, journal coincé sous le bras, et nous commencions la journée en nous partageant les cahiers du Soir et les dernières anecdotes de nos vies d'étudiantes.

     

    A l'appartement, c'était différent: j'avais choisi cet endroit, je l'avais décoré de la façon qui me plaisait, j'y avais mis ma vaisselle et mon adorable thermos Guzzini. Chaque matin, en voyant la lumière jouer avec les éléments du jardin, animer le séjour, je profitais de chaque miette de solitude et de silence. Je faisais l'inventaire et je me disais que j'avais de la chance. Que ce serait une belle journée.

     

    Il a fallu la cohabitation à quatre pour me rendre compte à quel point ces moments de décompression entre le sommeil et la folie du jour me sont vitaux. Je n'avais jamais compris ces gens affirmant qu'oh! eux, il ne fallait pas leur parler dans la première demi-heure après leur réveil! Maintenant je sais. Il me faut cette demi-heure pour me "mettre en route", faire le récap' de ce qui m'attend, de ce que je suis capable de faire. Il me faut cette demi-heure pour être attentive à ce qui se passe autour de moi, le silence, les oiseaux, le temps.

     

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    Il me faut cette reconnexion, sans laquelle je ne suis pas tout à fait dans ma journée.

     

    Ce lien au "pleinement présent", cette évaluation de la chance que j'ai de vivre ce que je vis, où je vis. Et dans ce nouveau chez-nous, le sentiment est pleinement là, à nouveau.

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  • Prendre ses marques

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    Mettre son nom sur la sonnette. Se demander si l'épicier d'à côté permet le paiement par carte. Pas de doute, on s'installe.

     

    On a commencé doucement, et en fanfare en même temps. Les signatures à peine apposées sur l'acte authentique, j'ai pris possession des lieux, et de la chambre en particulier. Vite, atténuer ce bleu vif, y mettre nos couleurs, réfléchir à la meilleure façon de rendre cet endroit cosy, intime, d'en faire une bulle, notre bulle. Je découvre que peut-être, on pourrait poncer les planchers, ça élargit le champ des possibilités et de la personnalisation. Au fur et à mesure que les caisses rejoignent l'appartement, les étagères se remplissent de vaisselle, on commence à manger, debout dans la cuisine, des choses qui ne nécessitent pas forcément un frigo.

     

    Depuis une semaine, nos meubles trouvent eux aussi petit à petit leur place. Et laissent de l'espace pour l'imagination et de futurs copains, un vaisselier par ci, un bureau par là. Je réfléchis aux luminaires, aux ambiances à créer, à l'agencement des meubles. J'ai envie de plein de choses et je savoure en me disant qu'on est partis pour un bon moment. Ce chez-nous se construira petit à petit, au gré des inspirations, et un peu des moyens financiers (parce que c'est là que votre sens du beau-mais-cher se rappelle piteusement à vous, of course).

     

    En attendant, il reste les petits rituels qui s'installent: le café du matin, la caresse de la rampe, le sourire en voyant le bois blond du plancher, la plongée dans les livres de cuisine à la recherche d'inspiration et de gourmandise.

     

    C'est l'occasion aussi de réfléchir à nos façons de consommer et d'agir: modes de transport, achats de bouffe, tout est à recréer.

     

    Et c'est follement excitant.

     

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    Tableau reprenant les coups de main reçus pour notre installation

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