• Sept heures du matin le dimanche

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    Ce dimanche, je me suis levée tôt, très tôt (avant 07h00, c'est dire) et j'étais déterminée, très déterminée. Ce matin, je voulais absolument être assesseur. Notez, je ne l'aurais sans doute pas exigé spontanément -j'ai longtemps cru que ma profession m'écartait de facto de la liste des assesseurs potentiels- mais une fois reçu les deux lettres (oui, deux, je crois qu'ils étaient légèrement aux abois) m'annonçant que gnagnagna insigne honneur gnagnagna assesseur suppléant, je n'ai plus eu qu'une idée en tête: faire cette nouvelle expérience.

     

    Dans la famille, consacrer (une partie de) son dimanche aux élections, c'est presque une tradition. Longtemps, nous avons vu partir mon père, dès la fin du dîner familial, hey ho hey ho pour dépouiller au bureau. A ceux qui le regardaient en compatissant, il opposait un sourire et un haussement d'épaules. Décompter, pour un comptable, c'était plutôt un plaisir.

     

    Ils ont bien vu, au bureau de vote, que j'étais pas là pour rigoler, ou pour me faire porter pâle, ou pour dire que j'avais piscine. Non, j'étais déterminée. Et quand ils ont vu mon air désespéré, alors que le dernier assesseur manquant annonçait son arrivée imminente, ils m'ont proposé de rester. Sauf que ce serait pour la beauté du geste, l'amour de la patrie et la satisfaction d'une curiosité dévorante. Parce que le jeton de présence, yen avait que pour les assesseurs officiels. J'ai vite fait le calcul dans ma tête. 12,5 euros de perdus, ça veut dire deux pains steak* et demi que je ne pourrais pas me payer... bon, allez, vendu (si j'ose dire)! Me voilà préposée au cachet, chargée de viser chaque bulletin de vote, communal et provincial, d'un magnifique "14 X 2012" et de distribuer les bons bulletins aux bonnes personnes.

     

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    Comme je m'y attendais, être assesseur, c'est vraiment drôle. Surtout que les bureaux sont constitués en grande majorité de volontaires qui reviennent d'élection en élection et ne sont pas les derniers pour raconter les anecdotes savoureuses. Comme cette fois où l'assesseur qui annonçait les numéros d'électeur et identités avait donné du Monsieur à une femme, assez vexée. Ou ces retardataires qui arrivent systématiquement une minute après la fin. Ou cette fois où quelqu'un est resté coincé dans l'isoloir. Ou qu'il a pris son temps, au moins un quart d'heure, on n'a jamais su.

     

    Et les premiers votants sont arrivés. Dès huit heures (un dimanche, ALLÔÔ les gars?!?!), les gens se pressent, parfois avec des pains au chocolat et des croissants (mais pas pour nous, bande de rats!). On nous souhaite bon courage, bonne journée, on nous remercie d'aider à la démocratie. Un homme nous demande "c'est sur quelle liste, De Wever?", on rigole (un peu jaune, ok).

     

    Beaucoup de gens n'ont pas fait attention au numéro du bureau de vote où ils doivent se rendre. La plupart du temps on s'en rend compte, mais parfois, on les récupère juste avant l'isoloir, quand une recherche en profondeur ne permet pas de les retrouver. Je comprends très vite l'utilité d'avoir des convocations de couleurs différentes pour les Belges (qui votent pour tout) et les non-Belges (qui votent juste à l'échelon local, coucou les Français! ;-) ): on peut mieux préparer les bulletins et être sûrs de ne pas se tromper.

     

    "Scusez, je cherche le 59, c'est ici le 59?" Aaaaaah! le sacré bureau 59! Mal indiqué, ouvert tard, j'aurais bien voulu voir la tête des collègues de là-bas. Quelques candidats passent serrer la pince, s'enquérir du déroulement du scrutin et repartent comme ils sont venus. On rigole encore, on commence à se frotter les mains... parce que ça caille sacrément.

     

    Un coup d'oeil à la montre et... Mon Dieu que le temps passe vite! On profite des accalmies pour passer soi-même dans l'isoloir. On rigole des gens qui passent avec la carte d'identité de leur enfant (c'est dimanche, LOL), avec la convocation de leur frère (c'est dimaaaanche, LOL) et puis...

     

    "Ah non, désolé, Monsieur, vous avez dû vous tromper, vous avez la convocation d'une dame!"

     

    "Dites! Vous vous foutez de moi? Ca fait déjà trois fois que vous me faites ce coup-là!! C'est moi, la dame!"

     

    Dans le mille! La madame-qu'on-avait-déjà-confondue-avec-un-monsieur-la-fois-passée est revenue. Et franchement... je lui aurais donné de Monsieur aussi...

     

    A 13h00, on ferme, on recompte et recompte encore. Et puis il est temps de partir bosser. A regret. J'aurais aimé continuer avec le dépouillement. Prolonger cette implication. Pour moi, aujourd'hui, c'est là que ça se passe.

     

    Et c'est sûr, si dans ma future commune, ils ont besoin d'assesseurs, ils peuvent me mettre en tête de liste. C'est dit!

     

     

    *aka mitraillette, routier ou spécial, selon les régions