• Pas en mon nom!!

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    J'ai longtemps vécu dans mon pays en n'étant pas toujours d'accord avec ce qui s'y passait, mais en étant globalement satisfaite de la marche des choses. Bien sûr, il y avait les grèves de la faim terribles des sans-papiers, la (non) qualité de l'enseignement, la difficulté de retrouver un travail, les prépensions à 50 ans, les tergiversations sur la sortie du nucléaire. Mais bon an mal an, j'arrivais à vivre avec.

     

    Depuis quelques semaines, je sens la colère monter au même rythme que la nausée.

     

    Ca a commencé avec l'empressement montré par le gouvernement à changer des lois qu'on avait mis des années à élaborer, justement pour qu'elles soient le plus mesuré possible. Au hasard, la libération conditionnelle. A quoi est dû cet empressement? A une manifestation de 5.000 personnes, un dimanche d'août, à Bruxelles. Combinée à une période sensible puisque préélectorale, ça fait un cocktail de la mort. Il n'a même pas fallu un mois pour concocter une modification de la loi. Excusez du peu! Même à l'unif, on nous laisse plus de temps pour rendre nos travaux...

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, on se réjouit de maintenir les gens plus longtemps en prison, "pour notre sécurité".

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, des gens vivent dans des conditions indignes du 19e sicèle.

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, des gens pourraient crever de la tuberculose ou de la gale (si on en crevait), sans faire sourciller la moindre autorité.

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, on intercepte des chanteuses à l'aéroport au motif qu'elles n'ont pas assez d'argent pour entrer dans le pays, et pas d'hôtel officiel, malgré les visas en règle.

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, on expulse ces mêmes chanteuses avant même que la justice ait pu se prononcer. Et sans doute lui permettre de continuer son voyage.

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, on refuse à une grand-mère de venir assister au mariage de sa petite-fille. Au motif qu'elle est Libanaise, la grand-mère, et qu'il n'y a pas suffisamment d'assurance qu'elle repartira après la fête.

     

    Aujourd'hui, dans mon pays, on devient méfiant, replié sur soi, "spépieux", empressé à rejeter l'autre, surtout le pas tout à fait comme nous, le moins riche que nous. Je ne dis pas qu'on doit accepter toute la misère, ni toute la richesse du monde. Mais on en arrive à des situations où le kafkaïen prend le pas sur l'humain, de plus en plus souvent.

     

    Et là, moi, je ne peux que dire non. En tant que wannabe-juriste, je trouve ça inacceptable. En tant que citoyenne aussi. Cette Belgique-là, cette politique-là, ce n'est pas en mon nom.

  • De l'érection et autres effets collatéraux surprenants des études en cours du soir

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    Aujourd'hui, c'est la rentrée, youpiyo youpiyé! C'est le bon moment pour faire le point sur l'année déjà vécue l'an dernier et vaincre vos dernières réticences si vous vous tâtiez depuis longtemps mais que quand même, vous ne savez pas trop si...


    Le début: l'an dernier, il s'est passé moins d'une semaine entre le moment où je me suis décidée et le début des cours. C'est la méthode "l'eau est froide? Bah, tant pis, autant sauter dedans d'un coup, la sensation de froid ne durera pas". Ça marche assez bien, surtout si je compare avec les deux mois et demi de "vacances" dont je viens de bénéficier et qui m'ont surtout permis de me torturer en me demandant comment j'allais tout gérer, quand j'allais prendre des congés, si j'allais pas devoir reporter certains examens à juin et si les astres étaient bien alignés. Aaaaah! Merveilleuse douceur de l'insouciance!


    En décidant sur un coup de tête, vous vous épargnez moult prises de tête et vous vous débarrassez d'une bonne dose de pression. Après tout, si ça ne vous plaît pas/c'est trop lourd/c'est pas ce que vous croyiez, vous culpabiliserez moins d'arrêter. Évidemment, le rush "démarches administratives à faire en un rien de temps et pendant les heures de bureau s'il vous plaît" (oué oué, même si vous bossez par ailleurs) n'est pas la partie la plus rigolote, surtout si comme moi vous haïssez tout ce qui ressemble de près ou de loin à un formulaire officiel à remplir-en-lettres-capitales-merci-bien. Mais quelle fierté quand vous avez surmonté l'affaire sans même avoir oublié comment vous vous appelez! Vous êtes prêt à passer à la suite.


    Les cours: j'ai eu la chance d'apprendre, après un mois (cfr les démarches administratives susmentionnées qu'on fait rouf rouf), que je pouvais passer directement en deuxième année de droit. "Les études de journalisme, ça ne mène pas à grand chose, sauf à avoir sa dispense de philo quand on veut reprendre des études de droit", ai-je désormais coutume de radoter. Bref, ce raccourci (bon, avec quelques beaux cailloux de première -les cours de droit, quand même) m'a donné l'impression de passer de 0 à 200km/h en moins de 30 secondes, ce qui est à la fois décoiffant, épuisant, mais également follement excitant.

     

    J'ai eu l'impression d'apprendre à la vitesse grand V', de mettre un squelette théorique sur des choses apprises empiriquement au fil de ma vie, de progresser, d'être mise en danger, de devoir serrer les dents et m'accrocher quand parfois j'avais envie de partir en courant, de me voir évoluer au fil des semaines et toujours, toujours, j'ai adoré ce chemin. Même les blocus, même les sessions d'examens. Même si parfois je me suis (brièvement) demandé ce qui m'avait poussée à me foutre dans un pétrin pareil.


    Et la vie sociale, ça va? Hum, il faut sans doute le demander à mes amis, à mes proches. Le fait de combiner deux situations pas hyper favorables à une vie sociale bien remplie (cohabitation avec les beaux-parents et les études) tronquent sans doute un peu le graphique final, mais je n'ai pas (trop) eu l'impression de faire une croix sur tout.

     

    Je dois certainement rendre hommage à un M. Léludemoncoeur compréhensif et prêt à soutenir mes (de plus en plus) nombreuses conversations juridiques. La vie et ces études auraient sans doute été vachement plus difficiles avec quelqu'un qui aurait subi ça en soupirant et en regardant l'heure ingrate à laquelle je rentrais chaque soir...

     

    On ne va pas se mentir: reprendre des études en cours du soir, surtout si c'est plusieurs soirs par semaine, c'est physique autant qu'intellectuel. Je ne vous raconte pas l'état de délabrement certains soirs de semaine, où je ne trouvais mon lit que par instinct de survie, mes yeux ayant déjà depuis longtemps abandonné le combat, ou en fin de blocus, ces moments où vous vous mettez à pleurer pour un rien (une coccinelle qui se pose sur la dernière feuille de votre cours, la vue de vos proches réunis pour vos trente ans* à votre grande surprise), le cheveu terni par des semaines de stress et de grignotages, le cerne qui s'installe et qui prend ses aises.


    La fin: cependant, ces petits désagréments se trouvent très vite balayés le jour où la prof que vous redoutez, à la fin de l'examen que vous redoutez, vous savez, là, le dernier de l'année ENTIÈRE, vous dit dans une moue: "je vous aurais bien mis 14... Mais finalement ce sera 13!". Vous vous retenez de l'embrasser, et de faire une petite danse en sabots, mais vous repartez la tête un peu plus haute, le buste encore plus droit, avec en musique de fond "I got the power". Les gens dans le métro ne peuvent pas s'empêcher de remarquer que vous irradiez une certaine puissance, eh oui, vous venez de PUTAIN réussir en PUTAIN de première sess.


    Vous avez envie de rire et de pleurer en même temps, vous avez envie de le gueuler à la face du monde, vous auriez envie de l'annoncer à tous vos proches. D'ailleurs, vous l'avez mis sur Facebook ET Twitter. Et vous ressentez un tel sentiment d'invincibilité que oui, là, d'un coup, vous avez une petite idée de ce qu'est une érection.


    Et plus vous réalisez que ce que vous répètent les autres depuis le début ("quel courage! C'est énorme ce que tu fais!"), c'est totalement et absolument vrai, plus vous bandez. Vous comprenez, maintenant, pourquoi je suis impatiente que les cours reprennent? ;-)


    *torrents de larmes assurés!