• De la justice privée et de l'inégalité des armes

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    Ce billet traite d'un sujet différent de ce que je vous propose d'habitude, mais j'avais besoin de l'écrire. On reviendra bientôt à du plus "conventionnel" très vite.

     

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    Il avait amené un album photo retraçant la vie de sa fille de sa naissance à son enlèvement, pour donner du poids à son argumentaire. Paul Marchal voulait convaincre les sœurs clarisses de renoncer à donner une deuxième chance à la femme qui n’en a pas laissé une à sa fille An : Michelle Martin, l’ex-femme de Marc Dutroux.

     

    Il l’a dit clairement, on l’avait relevé aussi, Paul Marchal avait déjà fait la même démarche l’an dernier avec un autre couvent qui semblait lui aussi prêt à accueillir la « femme la plus détestée de Belgique ». Il le dit, il voulait faire capoter le projet de libération conditionnelle de la geôlière de sa fille. Il y était arrivé l’an dernier*, il voulait parvenir à ses fins cette fois aussi. Quitte à asséner que les sœurs étaient prêtes à revoir leur décision, alors même qu’il n’en était rien.

     

    L’emballement médiatique n’a pas tardé. Tout de suite, le revirement supposé des sœurs a fait la une des sites. Peu de médias, semble-t-il, se sont rendu compte qu’ils participaient à une prise d’otage médiatique, à un chantage affectif dont les acteurs disposaient d’armes tellement inégales. D’un côté un père arrivé contre sa volonté sous les feux de l’actu mais accoutumé à la communication ; de l’autre, onze nonnes recluses dont l'unique communiqué trop long fait sourire tous ceux qui ont l’habitude d’en lire.

     

    Une fois la tornade calmée –non, les sœurs n’ont pas changé d’avis, rappelle la voix officielle de l’Eglise-,  il reste à s’interroger, assis par terre au milieu du fatras. Comment se peut-il qu’un homme, aussi meurtri soit-il, arrive à mener aussi loin sa justice privée avec des relais médiatiques ? Comment peut-il justifier sa démarche en disant que de toute façon, la voie judiciaire ne mène à rien ? Les meurtriers de sa fille ont été condamnés à des peines de prison. Il se fait que l’un d’eux peut être libéré sous conditions, ce que le tribunal lui accorde. En rendant impossible les conditions de la libération, Paul Marchal pèse de tout son poids sur la Justice. Sous le regard presque empressé des médias.

     

     

     

    * il n'y est pas arrivé seul, comme on me l'a justement fait remarquer: les autorités françaises avaient fini par s'y opposer aussi.

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