• Corps et âme

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    Avez-vous déjà rêvé, Mesdames, de savoir exactement ce que ressent physiquement un homme quand il est en présence d'une femme qui lui plaît? Vous êtes-vous déjà demandé, Messieurs, comment l'on se sent quand on vieillit? Ou quand on est malade? Si vous vous êtes déjà posé la question, sans trouver de réponse, je vous conseille "Journal d'un corps" de Daniel Pennac, c'est assez fascinant. On est assez loin de la famille Malaussène qui a fait la renommée de l'écrivain français. Ici, comme l'annonce cliniquement le titre du livre, on plonge dans un journal (très) intime d'un genre particulier. L'auteur n'y livre pas ses états d'âme, sauf lorsqu'ils sont liés à son état physique. Il n'y raconte sa vie que par le prisme de son corps, de ses petits et plus importants événements, de la raison qui l'a poussé à écrire aux pépins physiques de la vieillesse. Il décrit, méthodiquement, des petites manies, le plaisir du curage de nez ou du reniflage d'aisselle. On ignore jusqu'à la fin le nom du narrateur, on connaît ceux de ses proches. On le découvre comme l'a découvert sa fille, quand il lui a transmis ces notes après sa mort, en lui proposant de les faire publier si elle l'estime judicieux. C'est troublant parce qu'intime, c'est intéressant parce qu'intimement universel. Tout n'est pas toujours frais -après tout, on parle d'un corps dans toutes ses dimensions-, mais cette analyse systématique pousse à la réflexion sur soi-même aussi, sur les sensations qu'on éprouve, parfois inconsciemment. "Journal d'un corps" prend un relief particulier pour moi parce qu'il (me) renvoie à une partie de l'enseignement de la pleine conscience, que je découvre avec l'ouvrage de Christophe André "La méditation jour après jour". Cette partie d'enseignement consiste à prendre conscience de son corps dans toutes ses dimensions: les sensations qu'il procure (confortables ou non), les postures qu'il (qu'on) adopte, et à les accepter. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est fascinant. On y reviendra.

  • Comment je suis en train de me réconcilier avec mes livres de recettes

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    Je revis, du moins si j'en crois le nombre d'envies culinaires qui reviennent me tarauder depuis peu. Le nez plongé dans les bouquins de cuisine, l'esprit vagabond d'un produit à l'autre, d'une association de mets à la suivante, je suis d'humeur gourmande comme je ne l'ai plus été, avec mes réalisations à moi, depuis un bon bout de temps. Depuis, en fait, le début de la cohabitation et le partage d'une cuisine qui n'est pas vraiment la mienne. Depuis que mes ustensiles de cuisine sont stockés dans des caisses loin de moi, attendant sagement que la situation, comme du bon vin, se décante. Ça ne m'a pas toujours manqué. Je crois, plutôt, que j'en ai pris mon parti. Pas envie de cuisiner? Hop! Resto ou crasse à emporter vite fait, c'est toujours ça de pris. Évidemment, ma balance, elle, fait grise mine, mais pour le reste, on prend assez facilement le pli de la paresse culinaire. Et puis, il faut bien l'avouer, ne pas avoir le challenge de cuisiner pour d'autres, pour des amis, rend la tâche beaucoup moins attrayante. Mais à mon anniversaire, j'ai craqué: j'ai demandé des bouquins de cuisine. De l'inspiration, des idées. J'ai reçu Le Petit Larousse de la cuisine des débutants. C'est une ruse, en fait, car ce livre n'est pas petit du tout: 200 recettes de base, du navarin d'agneau au gratin dauphinois en passant par le taboulé (le vrai!) ou les champignons farcis au fromage frais. Le tout joliment illustré et clairement expliqué. J'ai eu l'occasion de tester quelques recettes -dont, pas plus tard qu'hier, le "vrai taboulé"- et c'est plutôt prometteur! Le seul moins que je relèverais à ce livre, c'est qu'il élude parfois certaines étapes ou certains ingrédients. Un exemple, Jacques? Dans mon "vrai taboulé", la recette ne dit pas qu'il faut faire tremper le boulgour dans de l'eau pour qu'il ramollisse (et soit mangeable, en gros, hein!). Elle ne précise pas non plus qu'elle entend par boulgour "boulgour frais". Bref. Un autre exemple, Jacques? J'ai eu beau retourner la recette "Fleurs de brocolis aux crevettes à la coriandre" dans tous les sens, je n'ai trouvé nulle part une trace de coriandre. Ni dans les ingrédients, ni dans la recette elle-même! Bon c'est pas ultra grave, mais ça nuit à la cohérence de l'ensemble... Dans la même gamme de superbes bouquins Larousse, j'ai aussi téléchargé l'application Larousse Pâtisserie pour iPad. Là aussi, le design est léché, les photos sont tellement sublimes qu'on a envie de tout tester même quand, comme moi, on n'est pas une dingue de meringue, de flan ou de financier aux amandes. Le petit plus de l'application iPad, c'est qu'on peut la configurer pour tourner les pages en soufflant sur l'appareil, ce qui permet d'éviter de poser ses doigts pleins de beurre ou de pâte sur le délicat écran Retina (c). Allez, je vous laisse, les ingrédients en trop du repas d'hier viennent de me donner une idée délicieuse et rafraîchissante pour ce soir! :-) (une petite recette, quand même? Que diriez-vous de courgettes au chorizo et cumin? Délicieux, testé et approuvé!) Pour 4 personnes' -500 grammes de courgettes -120 grammes de chorizo piquant -1/2 oignon blanc -5 cl d'huile d'olive -1 grosse cuillère à soupe de graines de cumin -sel et poivre du moulin Lavez et séchez les courgettes puis coupez-les en rondelles de 2 ou 3 mm d'épaisseur, jetez les extrémités. Retirez délicatement la peau du chorizo, puis coupez-le en petits morceaux. Pelez et hachez l'oignon. Faites chauffer l'huile d'olive dans une grande poêle, puis faites-y fondre l'oignon pendant 3 minutes. Ajoutez les rondelles de courgette et les graines de cumin. Laissez cuire de 8 à 10 minutes sur feu assez fort en faisant sauter les courgettes régulièrement jusqu'à ce qu'elles soient cuites et dorées. Ajoutez les morceaux de chorizo, salez, poivrez et laissez cuire encore 3 minutes. Servez chaud ou froid. Et bon appétit si vous passez à table! :-)

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  • Regarder pousser ses ongles, ça occupe!

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    Il fut un temps où, quand on me posait la question fatidique, "Et toi? Qu'as-tu prévu de beau pour ce week-end?", je ne pouvais que bafouiller "Moi? Euuuuh... bah euh, en fait, rien".

     

    Entendons-nous bien: par "rien", il faut quand même comprendre dormir, lire, (préparer à) manger, bref, se la couler douce en se chouchoutant. Ni M. Léludemoncoeur ni moi n'avons jamais été (du moins depuis que nous sommes ensemble) des oiseaux de nuit frénétiques, du genre à remplir nos agendas six mois à l'avance en  s'assurant qu'il n'y ait pas plus de dix minutes de battement entre deux activités. Nous sommes ce que l'on pourrait appeler des "fades du week-end". Docteurs en farniente. Moi, ça me plaît, de me poser, de pauser (faire une pause) le week-end après avoir eu une semaine de dingue. Juste ne rien faire, ramasser ses morceaux de soi et se reconstituer pour la semaine suivante. Souffler.

     

    Mais ça, c'était avant.

     

    Avant que j'aie cette idée folle de faire des doubles journées en me farcissant le crâne d'articles de code. Les premières semaines, j'ai sans doute encore dû savourer ces moments de calme deux jours par semaine, sans aller-retours avec la capitale, juste moi, mes bouquins et M. Léludemoncoeur à petites doses :-)

     

    Très vite cependant, la petite voix de la mauvaise conscience a commencé à me torturer. "Que fais-tu à lire alors qu'il y a tellement à faire?" "Qu'attends-tu pour commencer à étudier? A travailler sur tes travaux? A avancer, quoi!" Et le farniente du week-end est devenu culpabilité presque insupportable. Oh! le nombre de fois où M. Léludemoncoeur m'a vue bondir du lit aux aurores en disant "il faut que je bosse! il faut que je bosse!" (avant de m'affaler lamentablement devant une partie d'Angry Birds... mais toujours en culpabilisant, hein!).

     

    Bref, durant dix mois, je me suis beaucoup tourmentée, j'ai beaucoup couru, même sur place, j'ai peu lu hors les lectures obligatoires, j'ai bossé, j'ai étudié, j'ai emmagasiné.

     

    Le tourbillon m'a recrachée fin juin. D'un coup, plus rien, ou presque, à penser et à faire. Juste la pile de romans et essais demandés pour mon anniversaire. Le premier week-end, à vrai dire, j'en ai pris un pour le laisser tomber tout de suite après et en reprendre un autre. Pendant 48 heures, je n'ai pas pu me concentrer sur un ouvrage à la fois, sur une occupation.

     

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    En fait, ce n'est que ce week-end-ci, presque quatre semaines plus tard, que j'arrive enfin à savourer et prendre le temps, vraiment. Que j'arrive à me vernir les ongles et à passer un temps bête à admirer leurs forme et couleurs (je vous recommande le Rouge Pop Art de Yves Saint-Laurent!), que je me plonge dans un bouquin que j'avale goulûment afin de lire au plus vite le suivant, tout aussi alléchant. Que mes envies et mes idées de billets blog, enfin libérées, se bousculent au bout de mes doigts, suppliant mon cerveau de passer la première. Si je m'écoute, je passerai toute la journée à écrire, écrire, juste pour le plaisir de retrouver ces mots, ce blog, vous.

     

    Juste pour le plaisir de prendre le temps de bien faire les choses.

  • Pouic Pouic, ça rime avec magique!

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    Ca faisait des mois que j'attendais cela. Des mois que je scrutais le site internet pour baver devant le menu, des mois que j'attendais LA bonne occasion, LE bon moment. Cela faisait, en fait, depuis que Le Pouic Pouic avait accroché à son nom et sa cuisine sa première étoile au Michelin. Un étoilé à moins de 2 kilomètres de chez soi, ça n'arrive pas tout le temps et à tout le monde. Bref, une excellente excuse, s'il en fallait une, pour aller découvrir ce restaurant.

     

    Les prétextes festifs, eux, étaient légions. Des histoires de réussite universitaire, de job enfin définitif, d'anniversaire pas encore fêté dignement, surmonté d'un huitième anniversaire commun, pile le jour où on se décide à pousser la porte du Pouic Pouic. Enfin, pousser la porte... il faut sonner, et c'est un garçon en livrée (rhaaa, ça, c'est mon côté Comtesse de Ségur) qui vient nous ouvrir et nous accueillir. Le chef est là aussi pour saluer les nouveaux arrivés.

     

    On s'installe dans une pièce spacieuse, parsemée d'une dizaine de tables. Presque toutes sont occupées ou en passe de l'être. Entre les tables dressées, on en trouve d'autres, dont on s'apercevra vite qu'elles sont des aides au service. Plutôt bien pensé.

     

    Pendant qu'on étudie le menu, deux coupes de champagne et de quoi nous "mettre en bouche": huile de basillic, mousse de fromage blanc et glace à la betterave rouge (oh! un drapeau italien ^^). L'huile est parfumée à souhait, la mousse est mousseuse (bah oui) et la glace à la betterave rouge s'accorde à merveille avec le reste.

     

    Bon, je ne vais pas vous faire le détail de chaque plat et vous dire à quel point j'ai A-DO-RE, sinon vous allez très rapidement être écoeurés. Parce que je ne pense pas avoir trouvé UN truc à redire à cette soirée, vraiment. Durant trois heures, les plats se sont succédé sans fausse note aucune. Alors résumons cela à quelques grands points:

     

    Le menu: impossible de choisir un plat "à la carte". Le restaurant propose deux menus, le Pouic Pouic en quatre services et l'Oscar en cinq services (la totale). Pour être sûrs (de tout goûter), nous avons choisi l'Oscar, dix euros de plus par personne. Le serveur nous dit alors que nous n'aurons pas à choisir, puisque chaque "acte" est composé de deux ou trois plats en dégustation. wOOt!! A nous donc les variations autour du foie gras de canard (miom miom), du poisson, du homard et puis du veau, avant le choix entre dessert classique et fromages!

     

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    Chaque acte a été un véritable délice, proposant des saveurs différentes, des légumes moins courants, des déclinaisons succulentes (vous voyez, on atteint déjà le lyrisme!).

     

    Le plus: j'ai découvert plein de choses que je n'avais jamais mangées: ris de veau (miam!), tête de veau (moins convaincue, même si c'était très bien cuisiné), caviaaaar (eh oui!), saumon cuit à basse température (j'ai failli m'évanouir de bonheur, si si!), panais, polenta, queue de boeuf, etc etc etc. Bon, évidemment, c'est cuisiné par un grand chef, mais il y a certaines choses que je remangerais avec plaisir.

     

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    La (délicieuse) partie homard, avec la polenta (juste ci-dessus) et le caviar (dans le petit bol)

     

    Le service: attentionné sans être obséquieux ou trop empressé, c'est assez cool. Explication du menu, puis de chaque acte, présentation des vins (forfait 4 verres pour accompagner le menu, c'est toujours bien!), puis petite visite du chef en fin de repas pour savoir comment ça s'est passé, si on a passé une bonne soirée et pour papoter un peu. Il l'a fait avec toutes les tables, plutôt sympa.

     

    Le plus: la cuisine est ouverte vers la salle. Toutes les tables ne peuvent pas la voir, mais nous, nous pouvions en tout cas apercevoir l'étape finale de dressage des assiettes. Beau gage de transparence (bonsoir le nettoyage/blinquage de la cuisine en fin de soirée!) et puis c'est intéressant. C'est un peu plus stressant (pour eux) quand une odeur de brûlé s'élève soudainement. Je ne sais pas ce que c'était, mais en tout cas pas nos plats ;-)

     

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    Le dressage des assiettes, un pan du décor et les luminaires... Quelle photo! :-)

     

    Le cadre: moderne/design/de bon goût. J'avais entendu beaucoup de bien de leur magnifique terrasse... mais le temps pourri les a poussés, si j'ai bien compris, à transformer cette terrasse en la salle où nous avons mangé. Couleurs sobres, vaisselle diverse (plein de petites assiettes de formes différentes, pratique pour décrire les plats ;-) ), fumoir pour ceux qui ne peuvent pas s'empêcher (HEIN M. Léludemoncoeur?? :-) ), moquette dans la salle carrelage ailleurs, bref, cosy et spacieux en même temps.

     

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    L'assiette de fromages et, derrière, le Herve façon tartiflette (une tuerie!)

     

    Le plus: le mauve magnifique du mur du fond. Je vais être obligée de retourner y manger juste pour leur demander la référence de la couleur. Je vois pas d'autres solutions... :D

     

    Le budget: resto une étoile, on tape évidemment pas dans le -25 euros. A nous deux, on en a eu pour environ 200 euros, coupes de champagne et eau compris. Si on divise par le nombre d'occasions qu'on avait à fêter, ça fait presque budget de pizzeria :-))) Et (me semble-t-il), cela reste TRES démocratique pour un restaurant gastronomique où nous avons dégusté pas moins de 12 ou 13 plats! Le restaurant propose aussi un menu du marché à 30 euros le midi, de quoi s'offrir une cuisine de qualité à prix raisonnable.

     

    Bref? J'ai (nous avons) passé une soirée délicieuse, enchanteresse pour nos papilles. Je ne dirais pas que ça deviendra notre cantine -ne soyons pas snob!- mais il est fort probable qu'un jour prochain, je ferai des yeux de biche à M. Léludemoncoeur pour qu'on y retourne. Surtout que le menu change régulièrement, notamment en fonction des saisons et des produits locaux. Faudra pas trop me pousser pour faire de nouvelles (re)découvertes.

     

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    Bye bye le Pouic Pouic!

  • Deux livres, mille voyages

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    Jusqu'à preuve du contraire, le livre est le moyen le moins coûteux de voyager loin*. Il suffit de se laisser entraîner par un auteur et, s'il sait y faire, vous sentirez vite la chaleur qu'il décrit, les plats qu'il fait déguster à ses personnages et vous visualiserez sans trop de problèmes les paysages et le contexte.

    C'est donc parfait pour les années sans vacances, de celles qu'on traîne avec dépit, surtout si, comme en Belgique, on n'a pas franchement de bol avec le temps. Pour moi, c'est une année comme ça. Une année en creux, pourrait-on dire, à peine rehaussée de quelques incursions dans des villes que j'aime, mais où le climat n'a pas l'air beaucoup plus folichon. (fin de la parenthèse "on n'a pas a se plaindre, pour un mois de novembre")

    Je vous propose deux livres traduits de l'italien, de ces ouvrages qui font voyager, le postérieur bien calé dans son fauteuil. Ils avaient tout pour me plaire, puisqu'ils prennent comme décor la majestueuse Sicile, cette île adorée, rugueuse, accueillante, où je n'ai malheureusement pas l'occasion d'aller cette année. *soupir*

    Le premier s'intitule "Un été à la mer" et est écrit par Giuseppe Culicchia. Le résumé? Mais bien sûr!



    "Été 2006: l'Italie est sur le point de gagner la Coupe du monde de football. Dans ce climat d'euphorie, un couple part en voyage de noces en Sicile. Pendant que Luca, quadragénaire hypocondriaque, trouve dans la lecture de la presse quotidienne de quoi alimenter sa dépression chronique, Benedetta, une jeune Milanaise bavarde et futile, n'a qu'une obsession: avoir un enfant, comme ses amies.
    Entre nostalgie et ironie, Giuseppe Culicchia,romancier phare de l'Italie contemporaine, épingle avec drôlerie les travers d'une société déboussolée. Comme dans "le Pays des merveilles", son précédent roman, affleurent les années noires de l'histoire italienne et la gravité perce sous l'humour dans ce tableau d'une génération qui voudrait grandir mais ne sait quel sens donner à sa vie."



    Bon, dit comme ça, on aurait presque peur d'emmener ce roman à la plage, ou même de le qualifier de "lecture estivale", mais le talent de Giuseppe, c'est justement de distiller ces "années noires de l'histoire italienne" et cette "gravité qui perce sous l'humour" de manière intelligente et légère tout au long des 216 pages du livre.

    Benedetta est volubile jusqu'à l'énervement (du lecteur), Luca dépressif juste ce qu'il faut pour avoir envie de le secouer, mais on leur pardonne au fil des ruelles de Marsala ou sur le canot qui les emmène dans les îles Egades. Le tout donne un tableau vraiment vivace de ce couple italien, de la cuisine, du bleu de la Méditerranée. La mer, on y est transporté.


    Le deuxième livre, dans un style et une époque totalement différents, s'appelle "L'art de la joie" de Goliarda Sapienza. Il se situe aussi en Sicile, mais couvre plutôt la première moitié du vingtième siècle. Le résumé de l'histoire? Mais bien sûr!



    "Née en 1900 dans un petit village sicilien, orpheline à neuf ans, Modesta ne semble pas promise à un avenir brillant. Au mieux peut-elle espérer un emploi de servante et un honnête mariage à la sortie du couvent qui l'a recueillie. Mais la jeune fille a d'autres aspirations... Sensuelle et fière, déterminée et prête à tout, farouchement indépendante et terriblement intelligente, Modesta veut découvrir la richesse infinie de la vie. Pour cela, elle devra abattre une à une les barrières érigées par la société: religion, morale, traditions, partis politiques, préjugés de classe, sexisme... Sa vie durant, Modesta poursuivra cet inlassable combat, celui d'une femme éprise de liberté et de bonheur."



    "L'Art de la joie", je voulais le lire depuis des années, après avoir entendu un soir une femme le conseiller à d'autres femmes avec-un-cerveau-chacune. J'ai fini par l'acheter, puis l'ouvrir à la fin de ma session de janvier. Je m'en souviens, j'étais chez le coiffeur. Trois mois plus tard, à nouveau chez le coiffeur, j'ai été frappée par le fait que mon rythme effréné (dans ma vie) m'avait empêchée de poursuivre ma lecture.

    Il faut dire que le livre est dense, âpre, rugueux comme certains paysages siciliens. La narration passe régulièrement et soudainement du "je" au "elle" sans que j'aie pu y voir une logique. Une des raisons que mon cerveau avance, c'est que le "elle" en italien, est la forme de politesse, notre "vous" français. Mais tout de même...

    Modesta est également sauvagement elle. Un personnage intense, fort, droit dans sa tête et dans son âme. Une femme, une Sicilienne, qui trace son chemin au mépris des convenances, une assoiffée de connaissances (tiens tiens, ça me parle, ça... :-) ), une Mère, une Femme, une actrice de sa vie. Le livre évoque la fascination pour le marxisme et le communisme, la psychanalyse et puis la montée du fascisme et la difficulté de vivre au pays des chemises brunes.

    Vous l'aurez compris, "L'Art de la joie" est un livre qui se mérite, qui se gagne, mais c'est une formidable claque à ses propres craintes. Modesta trace une voie, celle de l'épanouissement personnel et de l'envie d'être soi-même. Au voyage à travers la Sicile s'ajoute donc le voyage à travers soi.

    Tout ça en restant dans son fauteuil.






    * bon, ok, avec le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, peut-être.

  • Le charme des rencontres inattendues

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    Tout commence un peu par hasard. Il faut trouver une place, on se pousse, on s'assied sans connaître vraiment ses voisins. "Une cousine", "la grande-mère". OK.

     

    Puis petit à petit la conversation s'établit. Se noue, même. Les yeux s'accrochent, l'attention se fait plus soutenue. C'est qu'elle dégage quelque chose, cette femme. Elle déroule en roulant les "r" des morceaux de vie. Elle parle de son mari, disparu à cause de la silicose, cette sale maladie chopée au fonds des mines, elle parle de son petit-fils trop tôt disparu. Elle en a vu des vertes, des pas mûres et des bien noires. Mais elle sourit, et lâche en haussant un peu les épaules: "enfin, la vie continue et on s'accroche aux bons moments".

     

    Elle écoute quand on parle d'études en plus du boulot, trouve que c'est bien de profiter de sa liberté de couple sans enfant pour continuer à apprendre. Elle-même, si elle avait pu...

     

    On a tenté de déceler d'où venait cet accent. Flamand? Italien? D'une minute à l'autre, on change d'avis, jusqu'à l'évidence: "Nonnina" n'est décidément pas la façon dont on appelle une grand-mère flamande.

     

    Et Nonnina se rappelle: le jeune couple venu en Belgique parce que "là-bas" il n'y avait pas d'avenir. Lui, prêt à descendre dans la mine, elle une valise dans une main et un bébé sur l'autre bras. Son fils, celui qu'elle chérit du regard, qui est là, qui vient la taquiner gentiment, lui aussi avec son accent chantant. Il est le fils de sa mère, ça oui, il a eu "une bonne maman", mais il a lui-même été un "bon fils": elle ne l'a jamais vu saoul, il ne lui a ramené qu'une seule fille, la bonne.

     

    Elle parle, Nonnina, de ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants. De son quotidien, chez elle, toujours. De la "besogne", abattue le matin. Elle fait ses carreaux, son ménage. Elle entretient sa propriété, ça oui. L'après-midi, elle fait ses courses, s'occupe, se repose. Et houspille son fils pour qu'il l'aide dans ses papiers.

     

    Car si Nonnina parle un français impeccable, aux mots choisis et précis, elle ne l'écrit pas bien, et c'est son regret. Elle aurait voulu prendre des cours de français en arrivant, mais avec des enfants, difficile. Et puis son mari n'était pas chaud. Ce sont ses voisines qui l'ont aidée à ciseler sa langue.

     

    On se tait, on sourit, on emmagasine cette vie, cette magnifique énergie, on la laisse s'interrompre pour répondre à son arrière-petite-fille en s'accompagnant d'une caresse sur la joue. On trinque au bonheur de s'être rencontrées, à ce plaisir simple de la découverte d'une belle personne.

     

    Et on en sort renforcée dans l'idée qu'être heureux et serein est fondamentalement un choix de vie.

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  • L'estomac plus léger (du moins on essaie)

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    Les régimes commencent toujours le lundi. Après d'énièmes libations et de bonne chère, on entame la nouvelle semaine pleins de bonnes résolutions. La nouvelle semaine, c'est comme une nouvelle année qui reviendrait un peu plus fréquemment. Ca laisse 52 occasions de s'y remettre, c'est pas mal.

     

    Les régimes commencent toujours le lundi, sauf quand on se lance dans Weight Watchers. Là, on apprend très vite à ruser pour repousser la pesée au moment le plus opportun, c'est-à-dire certainement pas juste après les excès du week-end.

     

    L'idée de me remettre à suivre Weight Watchers a regermé durant mon blocus de juin, comme elle avait germé en janvier. Oui, bon, l'étude, c'est sportif mentalement, mais par contre niveau physique, à part le porter de chips à la bouche, c'est assez mort. Résultat: danger immédiat de plus savoir rentrer dans aucune fringue. Bon, on sait depuis ELLE Belgique que la tendance, c'est de se balader en petite culotte, mais quand même! Pour le boulot ça le fait moyen. Et me refaire une garde-robe une (bonne) taille au-dessus, no way!

     

    Bref, le mercredi suivant la fin de ma session (ou celui encore après, on n'en est plus à un près), je me suis reconnectée sur Weight Watchers online. Reconnectée, oui, puisque j'avais eu cette même idée de régime après ma session de janvier. Un peu, finalement, comme, après un mois d'hibernation, on aurait besoin d'un nettoyage de printemps (ouh! que c'est poétique). J'ai revu mes données de connexion: je me suis inscrite le 22 janvier. Motivée, gonflée à bloc (ah oui, ça...), prête à me reprendre en main.

     

    J'ai tenu un peu plus d'une semaine. Hum. Et puis j'ai fui le site, l'enfouissant sous le tapis de ma mémoire. Et c'est pour moi le gros hic du site. Tant que ton petit virement s'effectue automatiquement, Weight Watchers te fout une paix royale et t'envoie juste de temps en temps des idées light par mail. "hihihi, les jolis desserts!" "Maurane a perdu 19 kilos grâce à WW!". Mais venir te rechercher par le col en disant "tiens, ça fait X semaines que tu n'as plus rempli ton journal de bord ni établi ta courbe de poids, vile négligente!", ça tu peux courir.

     

    Or, moi, j'aurais eu besoin, peut-être, que ça me fasse un peu culpabiliser, qu'une petite voix de ma (mauvaise) conscience vienne me tapoter sur l'épaule (oui, une voix peut TOUT A FAIT venir vous tapoter sur l'épaule!) pour me rappeler à l'ordre.

     

    Quand je me suis reconnectée au site, j'ai donc eu la surprise de voir que j'étais presque au bout du programme, dans la semaine 13, exactement. Ah ouais? Je pense qu'un coach tomberait en syncope en voyant comment, en treize semaines, je suis tout juste arrivée à prendre un kilo (mais quel kilo...).

     

    Mais c'est pas grave, je suis repartie du bon pied. Et j'espère que mercredi, ma balance ne me dira pas qu'elle est fière de moi juste pour la forme.