• Mgnfffgrmbl

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    La Reine d'Angleterre et moi, on a un point commun: on applique le Never Explain, Never Complain.

     

    Bon, c'est pas vraiment du jeu, elle a quelques longueurs d'avance sur moi, je crois que même bébé elle avait déjà intégré cette donne et elle n'a jamais pleuré.

     

    Moi, ça fait une semaine et demi que j'essaie, depuis que la foudre m'est tombée dessus sous la forme des "Pintades à Londres" et que je me suis souvenue qu'en cas de coup dur, faut serrer les dents, arrêter de pépier et de jérémier à tout bout de champ et attendre que ça passe.

     

    Or, moi, j'ai une petite tendance pathologique à me plaindre, à grimacer, à faire de l'auto-apitoiement sur mon sort. Je rentre du sport après une séance un peu intense? Grimace, "arghl, je vais encore avoir mal aux jambes demain..." Je me goinfre de pizzas trois fois par semaine? "M. Léludemoncoeur, j'ai PLUS RIEN à me mettre et je suis toute boudinée de partout, ouiiiiiiiiiin". Je dois aller bosser à Bruxelles? "pffffff, encore au moins une heure et demi en train, ouéééé, vais encore perdre mon temps..."

     

    Depuis une semaine et demi, j'ai donc décidé de ne plus "complain". OUI, une séance de sport un peu intense peut amener des courbatures, NON la pizza n'a jamais fait maigrir personne et OUI le train c'est parfois chiant, mais c'est teeeeeeeeeellement plus écolo (et moins cher que la bagnole). J'ASSUME.

     

    Bon c'est vrai, je n'atteins pas encore le niveau de Betty II, mais après tout, elle, à part un mari un peu gaffeur et des enfants franchement divorceurs, elle a pas trop de problèmes... Du boulot? On lui en a proposé sur un plateau d'argent (ou de platine?). Bon, ok, elle a dû attendre que son père meure, mais voilà: en plus de cinquante ans, on ne lui a jamais suggéré de l'outplacement. Mieux: on ne l'a pas obligée à prendre sa retraite. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui ont une carrière linéaire comme ça?

     

    De même, je crois qu'elle n'a jamais dû compter ses sous en fin de mois. Enfin, peut-être qu'elle commençait à les compter à la fin du mois et se retrouvait, un mois plus tard, même pas au quart de ses calculs. C'est vrai, ya de quoi être découragée...

     

    Je pense pas non plus qu'elle ait dû écumer Londres pour trouver une petite maison abordable et sans trop de travaux-pour-pas-faire-exploser-les-frais... Ah! Eeeeh, mais ça compte dans les soucis quotidiens, ça!

     

    Le problème, c'est que quand je décide d'arrêter de me plaindre, mon blog devient soudainement muet. Ca, Betty II n'y est pas confrontée. Elle n'a pas de blog, Granny, et en plus, elle paie quelqu'un pour dire du bien de sa famille sur Twitter et sur Facebook.

     

    Alors voilà, il va falloir que je fasse le tri entre ce sur quoi je peux râler et me plaindre et le reste. Vous inquiétez pas pour moi, je vais bien finir par trouver...

  • Le lapin blanc

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    Je cours, je cours (sur un tapis fait pour) et je suis toujours à la bourre pour respecter (une partie de) mes engagements... rha làlààààà... Bon, par exemple, écrire une lettre ou une déclaration d'amour ne suffisait pas. Il fallait aussi, après, dresser la liste des participants en faisant un lien vers leurs lettres. Eux l'ont fait, moi pas encore, hem.

     

    Et pourtant, elles sont belles, ces lettres. Elles sont fortes, elles sont douloureuses, elles sont peu amènes. Elles disent le ras-le-bol, la peur, l'espoir, l'énervement. Et il y en a même une qui réussit à dire mieux que moi ce que j'aurais vraiment voulu dire... Fou non?

     

    Alors pour des heures de plaisir, je vous conseille de lire:

     

     

    Charles Bricman : Reste ce que tu es

    Régis Warmont : Je t’aime comme une pizza quatre fromages

    Denis Balencourt : Lettre à la Belgique

    Tanguy Pay : Lettre d’amour à la Belgique (à la manière de)

    Gana : Soirée sex-toys pour la Belgique !

    Pamina : Belgique, je t’aime encore… Mais fais un effort

    Franc Belge : J’ai attrapé quelque chose

    Chère Belgique : Chère Belgique

    Chiara : La Saint Valentin à la Belgique

    David : Comment en sommes-nous arrivés là?

    Martin Fitcke : Un Valentin pour la Belgique

    Zoltán Jánosi : Comme toi, je suis le fruit de deux étrangers

    Laurent Kinet : Lettre à la Belgique

    Anne Löwenthal : Lettre d’amour à mon pays

    Melo : A la Saint Valentin, ton pays tu aimeras!

    Le Moineau des Mots : Saint Valentin à la Belgique

    Alexandre Plennevaux : Le pays de l’Autre

    Marcel Sel : Saint Valenthaine

    Thibaut : Fier d’être Belge, mais pour combien de temps encore?

    Marie : Lettre d’amour et de fierté (à la Belgique)

    Sophie : Belge une fois? Belge tant de fois! (c'est moi!)

     

    edit: j'avais oublié -honte à moi!- de signaler la note de Maco-qui-n'a-pas-de-blog-mais-une-belle-plume-quand-même: Sa Lettre d'amour à la Belgique

    Edit2: Merci à Marie et son travail de bénédictine pour rassembler toutes les lettres <3

     

    Mention spéciale, donc, à David, qui a réussi à dire mieux que moi ce que je pensais vraiment. Et aussi à Franc Belge et son texte magnifique. Et aux autres, bien sûr.

     

     

    Et à demain pour de nouvelles zzzzaventuuuures!

     

  • Belge une fois? Belge tant de fois!

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    Sono Belga, je suis Belge. Ik ben Belg. I am Belgian.

     

    Comment me définir autrement? Wallonne? Oui, mais pas que. Européenne? Sans doute, mais pas seulement. Non, non et non, Belge je suis, Belge je resterai. 

     

    Comment me définir mieux? Mes origines vont se nicher du côté de Louvain/Leuven, mais aussi aux confins du namurois, à un bras tendu de Charleroi. Plus loin, mais pas tant que ça, on pousse vers les cantons de l'Est (mon père et ses frères en avaient gardé l'horrible stigmate de "Boches" à l'école dans l'après-guerre...) et vers Turnhout, où on parlait français à la maison et flamand en dehors. Je vis avec cela, cette fierté d'avoir des petits bouts de partout, d'avoir des soeurs, des cousins, des oncles et tantes disséminés à travers toute la Belgique, de Bruges à Ghlin en passant par Liège et Yves-Gomezée.

     

    L'histoire de ma famille, c'est ce "switch" de la langue, du français au néerlandais, du néerlandais au français. Des parents francophones qui se rencontrent à Louvain, unis par une même langue, la musique. Un grand-père obligé de suivre son université de Louvain à Louvain, de Leuven à Louvain-la-Neuve. Des parents qui se parlent en néerlandais pour passer au-dessus de la tête des enfants et le jeu qui consiste à les comprendre, les démasquer.

     

    Mon histoire de famille, c'est aussi ce "retour aux sources", l'apprentissage de ce néerlandais en immersion à Louvain, on finit toujours par y revenir. La fierté de -ça y est!- maîtriser cette deuxième langue presque aussi bien que la première, le bonheur de pouvoir s'adresser à l'autre dans sa langue, de ne pas l'obliger à utiliser la mienne, le plaisir de voir sa surprise "amaï, ge kunt het toch kei goe!", la saveur de cette musicalité, de cette prononciation, de la diversité des accents: être Belge, ça pousse à la curiosité d'autrui, de sa langue et de sa communauté.

     

    Ma fierté d'être Belge, je la porte comme une évidence. Tellement, en fait, que ce billet met un temps fou à s'écrire. C'est tellement ancré, tellement profond.

     

    J'aime l'idée qu'on autorise tout le monde à s'aimer et à se marier, j'aime qu'on autorise les gens à choisir une fin de vie digne s'ils le souhaite, j'aime qu'on ne se braque pas sur les grands débats éthiques en y apposant un veto catho (ou whatever). Je suis fière qu'"on" soit arrivés à des consensus pour faire avancer ces débats de société. Je considère que j'ai de la chance d'habiter dans un pays assez tolérant.

     

    Je suis fière des "ptits Belges" (et pourquoi petits, d'ailleurs, hein?) qui s'illustrent dans le cinéma, la musique, le théâtre, l'opéra (d'ailleurs, vous saviez que le directeur de l'Opéra de Rouen Basse-Normandie est Belge? ;-) ), la lutte contre le sida ou contre les crimes contre l'humanité, ou la lutte pour la préservation du parc des Virunga. J'aime les canaux du Centre, l'ambiance bruxelloise, les beautés de partout, de ce plat pays qui m'a vue naître. Ce plat pays qui est le mien aussi. Je suis fière, énormément fière. Mais j'ai la fierté modeste et discrète.

     

    Je l'aime, mon pays, j'aime ses gens, j'aime ma famille Belge jusqu'à la moëlle. Je ne l'avais plus dit depuis longtemps, et je ne le répéterai sans doute pas avant un bail aussi, à moins qu'on me titille en m'affirmant qu'il n'y a rien ici et que les Belges sont nuls.

     

    Alors oui sans doute, la Saint-Valentin 2011 aura servi de déclencheur pour mon petit cliché. Elle aura au moins servi à ça. Demain on va customiser tous les coeurs des vitrines, ok? Il me semble qu'il leur manque un peu de jaune et de noir...

     

     

    (ceci est ma participation à l'appel de Charles Bricman. Bon, finalement, ça ne ressemble pas vraiment à une lettre -plutôt un monologue comme à ma bonne (?) vieille habitude, mais soit!)

  • La minute de clarté

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    Ah beh ça y est, hein! Les jours rallongent et ça commence à se voir! On sort le matin à huit heures, il fait clair, on sort du boulot le soir à 18h, on a encore la chance de choper une fin de coucher de soleil...

     

    Oui, ça y est, on pousse vers le printemps, tout y tend. Quand le soleil se pointe, il ne fait plus moins quinze. Parfois on aurait même envie de se planter en terrasse, bon, ok, encore emmitouflés, mais quand même, en desserrant l'écharpe, en enlevant le bonnet et en se donnant l'impression, dans sa grosse doudoune, que quand même il fait chaud.

     

    Et parce qu'on ne se refait pas et qu'il fait partie de mes grands dadas en ce moment, Alain Rémond aussi, il remarque quand on regagne des minutes. Je vous reproduis ici un de ses billets publiés dans La Croix:

     

    "Et voilà! C'est parti! Depuis hier, 22 décembre, nous avons gagné une minute de soleil en plus. Vous allez me dire qu'une minute, ce n'est pas grand-chose. Que le changement n'est pas franchement spectaculaire. Personne ne va s'arrêter dans la rue pour dire: tiens, vous avez remarqué; on a eu une minute de soleil en plus. Certes, certes. Mais aujourd'hui, 23 décembre, on va encore gagner une minute. Pareil demain. Et après-demain. Une minute plus une minute plus une minute... Et nous voilà arrivés au printemps. Les petites minutes font les grands jours! On en a bien besoin, de ces petites minutes en plus. Parce que, en même temps, au moment précis où la machine à minutes s'inverse, voici que s'installe l'hiver. Qui n'est pas à proprement parler une saison affriolante, pimpante, étincelante. On est partis pour trois mois plutôt rudes, plutôt raides. Les petites minutes grappillées jour après jour, c'est notre viatique pour tenir bon, notre carburant pour aller jusqu'au printemps. Allez, courage: on vient de retourner le sablier. Dans le bon sens."

     

    Alain Rémond, Lisez attentivement la notice, éditions Bayard/la Croix, 2005

  • Le voyage commence à la première page

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    Voyager, ce n'est pas que réserver un billet d'avion et un hôtel et partir. Voyager, on peut le faire très simplement aussi, en saisissant un livre et en l'ouvrant.

     

    Vous allez dire que ça tourne à l'orgie de bouffe et de lecture, par ici. C'est pas faux, mais il faut dire que ce sont mes deux occupations principales pour le moment, quand je ne travaille pas ni ne sporte (comment ça, ça n'existe pas, sporter?). Et même quand je sporte, en général, je lis. Ca passe plus vite.

     

    Vous l'avez compris à mes billets lectures, je suis une toute grande fan de la littérature policière. J'adore les énigmes, les enquêtes, les autopsies (eh oui!), les fausses pistes et les indices. D'ailleurs, j'ai encore un Fred Vargas et un Patricia Cornwell qui m'attendent sagement. Mais parfois, j'ai honte. Honte de ne pas me pencher plus sur autre chose, sur la "vraie" littérature, celle avec des histoires qui n'impliquent pas forcément des énigmes à résoudre, ou en tout cas pas avec les ficelles de l'enquête.

     

    Voilà pourquoi je me suis plongée avec délices et délectation dans "L'Ombre du vent", de Carlos Ruiz Zafon. Basta la littérature anglophone et les livres policiers! J'allais me plonger dans le Barcelone de la fin des années 40 et me laisser porter par une histoire sans intrigues ni secrets à deviner!

     

    Caramba, encore raté! J'aurais dû le voir venir dès la couverture, qui affirme que "si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n'avez plus aucune chance de lui échapper". Pareil avec le quatrième de couverture, qui donne le ton:

     

    "Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon -Daniel Sempere, le narrateur- dans un lieu mystérieux du quartier gothique: le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant est ainsi convié par son père à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération: il doit y "adpter" un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie et l'antraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets "enterrés dans l'âme de la ville": L'Ombre du vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz afon mêle inextricablement la littérature et la vie." 

     

    C'est péremptoire, certes, et je n'aime pas la fin de la description, mais l'idée de ce livre oublié et adopté par un enfant avait de quoi me séduire. La petite affirmation de la couverture disait vrai: une fois entrée dans ce roman, dans cette histoire, j'ai eu du mal à en sortir. On plonge dans des ruelles retorses, dans une ambiance difficile, plombée par les sbires du pouvoir. On entrevoit des histoires d'amour, des histoires de haine, de vengeance, on frissonne, on espère... et on finit par tomber dans l'intrigue, à essayer de chercher à relier entre eux les indices, à construire des théories et des explications. Jusqu'au dénouement, dramatique (dans le sens d'intensité dramatique), apothéotique.

     

    On en ressort avec, c'était à prévoir, une furieuse envie de filer à Barcelone (faut pas que j'oublie d'en toucher un mot à M. Léludemoncoeur pendant notre séjour à Rome, ça lui fera plaisir ^^) et de se plonger dans la "suite" (en fait, une prequel): Le Jeu de l'Ange, dont Une souris jaune parle ici (et elle s'y connaît puisqu'elle a vécu à Barcelone la veinarde!).

     

    Pour oublier que je n'ai pas immédiatement réservé un billet pour Barcelone, j'ai ouvert "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". J'en avais entendu et lu beaucoup de bien, et puis un titre pareil et une jolie couverture surannée, ça ne pouvait que me brancher (parfois, je suis super-ficielle dans mes choix de lecture, oui).

     

    Le dernier roman épistolaire que j'avais lu, c'était "La Vie est un arc-en-ciel" de Cecelia Ahern, mais ce n'était pas la même chose. Là, on parlait d'un roman "moderne", avec échange d'e-mails et tout le bastringue. Ici, ça sent bon la boîte à biscuits métallique, le ruban de velours pour "serrer les lettres" comme on disait dans la Comtesse de Ségur et la vie avant la technologie moderne. Et pour cause: ça se passe en 1946. Pas d'internet, de GSM, juste du temps passé à écrire de belles lettres (à la main sans doute) et à attendre d'en recevoir. On imagine bien la miriade de personnages se pencher qui au-dessus de la table de la cuisine, qui sur un bureau ouvragé pour raconter de façon vivante des histoires de cochon rôti, de guerre et d'île anglo-normande.

     

    "Enfant, je ne parlais guère en raison d'un fort béguaiement, et je n'étais pas habitué aux grands dîners. En fait, celui de Mrs Maugery était mon tout premier. L'idée du cochon rôti m'a poussé à accepter l'invitation, même si j'aurais préféré prendre mon morceau de viande et l'emporter chez moi pour le manger dans mon coin.

    C'est une chance que mon voeu n'ait pas été exaucé, car c'est ce soir-là que s'est tenue la première réunion du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey -même si nous l'ignorions sur le moment. Le repas a été un rare délice, et la compagnie s'est révélée plus délicieuse encore."

     

    Lorsque Juliet Ashton, écrivain londonienne qui se remet à peine de la guerre et du bombardement de son appartement, reçoit la lettre de Dawsey Adams, sa curiosité est piquée, surtout quand il mentionne le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates. S'engage alors entre les deux, puis entre Juliet et les autres habitants de l'île adhérents du cercle, une correspondance épistolaire qui se terminera, vous l'imaginez bien, sur l'île de Guernesey. C'est savoureux, c'est piquant, c'est enlevé. Il faut s'accrocher pendant les premières lettres pour distinguer les nombreux personnages, mais une fois qu'on les a adoptés, ils font très vite partie de notre monde. On devient Juliet décachetant fébrilement les enveloppes et lisant la prose de ses nouveaux amis.

     

    "Je n'ai pas un physique très plaisant. J'ai un grand nez -que je me suis cassé en tombant du toit de mon poulailler-, un oeil qui a tendance à fuir vers le haut, et des mèches rebelles qui refusent de se laisser aplatir. JE suis grande et charpentée."

     

    Ce livre m'a rappelé qu'il n'y a pas si longtemps, à peine une dizaine d'années, moi aussi, j'étais une assidue de la correspondance épistolaire. Ah! Quel plaisir je prenais à écrire de longues lettres à mon amie Marie-Caroline ou à ma cousine! C'était à celle qui écrirait la plus longue missive, et qui répondrait le plus vite. Quel plaisir aussi de découvrir une enveloppe sur-gonflée avec l'écriture connue dessus!

     

    La technologie, c'est finalement à double tranchant: ça permet de partager avec le plus grand nombre ses coups de coeur littéraires, mais ça prive du plaisir épistolaire. Heureusement que des livres comme celui de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows (les auteurs de ce Cercle littéraire) existent pour nous rappeler comme c'était bien aussi, avant...

  • C'est un trou de verdure où chante une rivière...

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    Vu qu'on est vendredi, qu'au moment où vous lirez ces lignes, je serai en train de humer la dolce vita version romaine et qu'il n'y a pas de raison que vous vous fassiez chier pendant votre week-end, voici une petite adresse sympathique pour ponctuer une -longue- balade dans le coin: le Vieux Moulin, à Ecaussinnes.

     

    Le Vieux Moulin porte bien son nom, vous vous en doutez. Niché au creux d'une vallée, à côté d'un ruisseau, il garde les "stigmates" de son passé. Impossible d'ignorer le mécanisme de meule qui trône dans une des deux salles de cette brasserie.

     

    Oué, fin elle a quoi de spéc' cette brasserie? se dit le lecteur un peu sceptique (voire septique, je le sens!). D'abord, lecteur, sache que Le Vieux Moulin se trouve au coeur d'Ecaussinnes, et ça, c'est déjà pas rien. A quelques pas se trouve un des magnifiques châteaux de la commune. La brasserie (ou taverne, appelez-la comme vous voulez) est donc un point de chute idéal pour clore en beauté une journée de balade. Bon, ok, j'avoue, moi, je passe par la case taverne directement, en zappant la balade, mais vu que j'ai quand même encore l'intention de rester au moins 50 ans avec M. Léludemoncoeur, ça nous laisse encore quelques jours pour tester un des itinéraires proposés par la commune...

     

    Le Vieux Moulin, c'est aussi une carte de bières à faire pâlir d'envie n'importe quel bar bruxellois. On trouve (quasiment) tout, si on le souhaite. Bon, perso, j'ai un gros faible pour la Bärbar, alors j'ai tendance à devenir monomaniaque de la bouteille-qui-fait-pop, mais ya moyen de contenter même le Schtroumpf Grognon.

     

    On accompagne ses découvertes bibitives d'une assiette de snacks (leur feta est à tomber à la renverse, je n'en ai jamais mangé une meilleure autre part...) ou d'un plat, à la carte ou en suggestion. Derrière les classiques (la pièce de boeuf, le jambonneau ou la frisée aux lardons), on retrouve parfois en suggestion des plats aux saveurs marocaines. Il faut dire qu'Ali, le cuisinier, en connaît un rayon. Si la carte des suggestions reste dans le "belge" ou le terroir (mon Dieu, les cannellonis au reblochon... rhaaaa), on peut toujours se consoler avec un vrai thé à la menthe.

     

    Ma période préférée, au Vieux Moulin, c'est l'été. D'ailleurs, visiblement, je ne suis pas la seule, parce que dès les beaux jours revenus, il faut réserver plusieurs jours à l'avance -ou avoir un pot de tous les diables- pour dégotter une place en terrasse et se prélasser. Par contre, dehors ou dedans, les salades à composer sont un sacré bon plan. Plusieurs formules tarifaires, on choisit une base, un assaisonnement et de cinq à douze ingrédients selon le prix.

     

    Si on veut continuer cette formule une fois l'été parti, on se rabat alors sur les brochettes d'agneau. Assiettes L, XL, XXL ou la totale, à laquelle on adjoint des crudités composées (et qu'on choisit soi-même), c'est super convivial, et surtout abondant.

     

    Les plus:

    - la musique. Un des coopérants (oui, le Vieux Moulin est une coopérative) travaille en parallèle pour le label qui signe Aaron, Monsieur Dupont ou Saule. Ca permet d'écouter de la bonne musique, d'acheter des places de concert en prévente ou -parfois- d'assister à des concerts en mini-comité (mais surchauffé quand même, hein, le comité). Bref, du bon.

    - Le lustre. Dans une des pièces, un lustre magnifique, imposant et aérien. La déco est à vendre, les toiles exposées aussi.

    - l'atmosphère intimiste et chaleureuse. Pas trop de lumière, éclairage augmenté à la bougie, à deux ou entre amis, c'est top.

     

    Les moins:

    - Les prix? Bon, c'est pas hors de prix, hein, mais c'est dans la catégorie supérieure quand même. On s'en sort à environ 50 euros pour deux avec un plat (chacun) et deux bières (chacun aussi). Raisonnable, mais dix à quinze euros plus cher qu'une pizza avec un demi-litre de vin dans une pizzeria correcte du Centre.

     

    Le Vieux Moulin

    rue du Moulin, 1

    7191 Ecaussinnes

  • La conspiration du calzone

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    Il y a du bon à s'être rapatriés chez les (beaux-) parents. Logés, nourris, blanchis, on a l'huile d'olive, l'argent de l'huile d'olive et le sourire de la marchande. Mais il y a autre chose, un genre particulier de moments inestimables: la transmission des secrets de cuisine.

     

    A vrai dire, ça avait commencé avant notre retour, avec la sauce aux fruits de mer pour les pâtes. Un jour que je me régalais, Maman Léludemoncoeur avait commencé à m'expliquer comment refaire moi-même cette sauce pleine d'ail, de persil, d'huile d'olive et de fruits de mer. Pas de dosages précis, simplement des "beaucoup d'ail, beaucoup de persil" et des "pas d'oignons, ah ça! non!". Il m'a fallu deux tentatives pour reproduire exactement le goût de cette sauce. Maintenant je sais que "beaucoup d'ail" veut dire "vraiment beaucoup" et pareil pour le persil.

     

    Mais la science culinaire de Maman Léludemoncoeur ne s'arrête pas là, bien sûr. Lasagne, pizza, calzone, "brodo" (le bouillon, surtout à la poule, à se damner), toutes ces choses qui n'ont pas le même goût qu'ailleurs, mais qu'on sait particulièrement authentiques, direttamente di qua.

     

    24 décembre, dans l'après-midi. "Sofiaaaa!" C'est le signal, faut arrêter de glander et descendre voir ce qui se passe. Maman Léludemoncoeur est entourée de plats carrés et rectangulaires pouvant aller au four. Sur la table, une énoooooorme casserole remplie de sauce tomate. Dans un coin, soigneusement étendues sur des nappes en tissu cousues entre elles, les plaques de pâte, déjà cuites et mises à absorber. Il y en a une quantité impressionnante, de quoi faire, en fait, quatre ou cinq fournées. La lasagne, c'est la tradition, on la mange le 25 décembre en (grande) famille. Ici, exceptionnellement, ce sont des pâtes achetées toutes faites au magasin. Mais d'habitude, on fait la pâte soi-même aussi, c'est meilleur, et les spécialistes ne s'y trompent pas. "Ca fait longtemps que je n'ai plus mangé la lasagne de ma soeur", dira son frère à Maman Léludemoncoeur.

     

    Une couche de pâtes trempées dans la sauce, une louche de sauce tomate, du jambon émietté, du fromage râpé, et on recommence jusqu'à avoir rempli le plat. Et puis on recommence avec le plat suivant. La lasagne a un goût différent quand on participe à son élaboration. Si si! Je vous jure!

     

    Hier, j'ai atteint le sommet du nirvana culinaire: j'ai participé à la confection de calzoni. Pour vous situer, les calzoni, c'est ce qu'on vous sert au resto comme une pizza refermée. Autant vous le dire, ceux de Maman Léludemoncoeur sont vaaaaaaaachement meilleurs (et encore plus caloriques, sans doute aussi...). Ils sont plus petits que ceux servis en pizzeria, plus tendres et farcis avec un mélange de sauce tomate/jambon/anchois/oignons/champignons/olives... Je crois que c'est avec ces calzoni que M. Léludemoncoeur m'a attirée et retenue dans ses filets.

     

    Alors hier, mine de rien, une recette s'est transmise, de bouche à oreille. J'ai observé Maman Léludemoncoeur abattre la pâte (dont j'ai raté la préparation, maudit sport!), la farcir de sauce et de fromage, la refermer soigneusement et puis jeter le calzone dans l'huile (eh oui!! ça ne se fait pas au feu de bois). Plus de... une heure (?) après, le plan de travail croulait sous les calzoni faits maison. Il paraît que j'ai un don pour les refermer tout bien comme il faut, pour qu'ils ne s'ouvrent pas à la cuisson. Eh si!

     

    Ce sont des moments magiques, ceux de partage de ces recettes. Il faut les savourer à leur juste valeur car je sais qu'on ne retrouvera jamais de petit calepin avec toutes les recettes notées bien sagement. Maman Léludemoncoeur transmet son savoir comme sa mère et sa grand-mère l'ont fait avant elle. Et quand je l'ai vue hier pétrir la pâte "regarde comment on préparait le pain à la maison!", j'ai soudain vu la jeune femme d'une vingtaine d'années, dans sa maison de Sicile, avec sa mère et ses soeurs. Transportée au coeur du petit village, dans cette maison où les frères avaient construit un four à bois, pour les pizzas et le pain. Et cette boule de pâte, là, m'a soudain semblé magnifique.