samedi, 12 février 2011
Le voyage commence à la première page
Voyager, ce n'est pas que réserver un billet d'avion et un hôtel et partir. Voyager, on peut le faire très simplement aussi, en saisissant un livre et en l'ouvrant.
Vous allez dire que ça tourne à l'orgie de bouffe et de lecture, par ici. C'est pas faux, mais il faut dire que ce sont mes deux occupations principales pour le moment, quand je ne travaille pas ni ne sporte (comment ça, ça n'existe pas, sporter?). Et même quand je sporte, en général, je lis. Ca passe plus vite.
Vous l'avez compris à mes billets lectures, je suis une toute grande fan de la littérature policière. J'adore les énigmes, les enquêtes, les autopsies (eh oui!), les fausses pistes et les indices. D'ailleurs, j'ai encore un Fred Vargas et un Patricia Cornwell qui m'attendent sagement. Mais parfois, j'ai honte. Honte de ne pas me pencher plus sur autre chose, sur la "vraie" littérature, celle avec des histoires qui n'impliquent pas forcément des énigmes à résoudre, ou en tout cas pas avec les ficelles de l'enquête.
Voilà pourquoi je me suis plongée avec délices et délectation dans "L'Ombre du vent", de Carlos Ruiz Zafon. Basta la littérature anglophone et les livres policiers! J'allais me plonger dans le Barcelone de la fin des années 40 et me laisser porter par une histoire sans intrigues ni secrets à deviner!
Caramba, encore raté! J'aurais dû le voir venir dès la couverture, qui affirme que "si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n'avez plus aucune chance de lui échapper". Pareil avec le quatrième de couverture, qui donne le ton:
"Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon -Daniel Sempere, le narrateur- dans un lieu mystérieux du quartier gothique: le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant est ainsi convié par son père à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération: il doit y "adpter" un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie et l'antraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets "enterrés dans l'âme de la ville": L'Ombre du vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz afon mêle inextricablement la littérature et la vie."
C'est péremptoire, certes, et je n'aime pas la fin de la description, mais l'idée de ce livre oublié et adopté par un enfant avait de quoi me séduire. La petite affirmation de la couverture disait vrai: une fois entrée dans ce roman, dans cette histoire, j'ai eu du mal à en sortir. On plonge dans des ruelles retorses, dans une ambiance difficile, plombée par les sbires du pouvoir. On entrevoit des histoires d'amour, des histoires de haine, de vengeance, on frissonne, on espère... et on finit par tomber dans l'intrigue, à essayer de chercher à relier entre eux les indices, à construire des théories et des explications. Jusqu'au dénouement, dramatique (dans le sens d'intensité dramatique), apothéotique.
On en ressort avec, c'était à prévoir, une furieuse envie de filer à Barcelone (faut pas que j'oublie d'en toucher un mot à M. Léludemoncoeur pendant notre séjour à Rome, ça lui fera plaisir ^^) et de se plonger dans la "suite" (en fait, une prequel): Le Jeu de l'Ange, dont Une souris jaune parle ici (et elle s'y connaît puisqu'elle a vécu à Barcelone la veinarde!).
Pour oublier que je n'ai pas immédiatement réservé un billet pour Barcelone, j'ai ouvert "Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates". J'en avais entendu et lu beaucoup de bien, et puis un titre pareil et une jolie couverture surannée, ça ne pouvait que me brancher (parfois, je suis super-ficielle dans mes choix de lecture, oui).
Le dernier roman épistolaire que j'avais lu, c'était "La Vie est un arc-en-ciel" de Cecelia Ahern, mais ce n'était pas la même chose. Là, on parlait d'un roman "moderne", avec échange d'e-mails et tout le bastringue. Ici, ça sent bon la boîte à biscuits métallique, le ruban de velours pour "serrer les lettres" comme on disait dans la Comtesse de Ségur et la vie avant la technologie moderne. Et pour cause: ça se passe en 1946. Pas d'internet, de GSM, juste du temps passé à écrire de belles lettres (à la main sans doute) et à attendre d'en recevoir. On imagine bien la miriade de personnages se pencher qui au-dessus de la table de la cuisine, qui sur un bureau ouvragé pour raconter de façon vivante des histoires de cochon rôti, de guerre et d'île anglo-normande.
"Enfant, je ne parlais guère en raison d'un fort béguaiement, et je n'étais pas habitué aux grands dîners. En fait, celui de Mrs Maugery était mon tout premier. L'idée du cochon rôti m'a poussé à accepter l'invitation, même si j'aurais préféré prendre mon morceau de viande et l'emporter chez moi pour le manger dans mon coin.
C'est une chance que mon voeu n'ait pas été exaucé, car c'est ce soir-là que s'est tenue la première réunion du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey -même si nous l'ignorions sur le moment. Le repas a été un rare délice, et la compagnie s'est révélée plus délicieuse encore."
Lorsque Juliet Ashton, écrivain londonienne qui se remet à peine de la guerre et du bombardement de son appartement, reçoit la lettre de Dawsey Adams, sa curiosité est piquée, surtout quand il mentionne le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates. S'engage alors entre les deux, puis entre Juliet et les autres habitants de l'île adhérents du cercle, une correspondance épistolaire qui se terminera, vous l'imaginez bien, sur l'île de Guernesey. C'est savoureux, c'est piquant, c'est enlevé. Il faut s'accrocher pendant les premières lettres pour distinguer les nombreux personnages, mais une fois qu'on les a adoptés, ils font très vite partie de notre monde. On devient Juliet décachetant fébrilement les enveloppes et lisant la prose de ses nouveaux amis.
"Je n'ai pas un physique très plaisant. J'ai un grand nez -que je me suis cassé en tombant du toit de mon poulailler-, un oeil qui a tendance à fuir vers le haut, et des mèches rebelles qui refusent de se laisser aplatir. JE suis grande et charpentée."
Ce livre m'a rappelé qu'il n'y a pas si longtemps, à peine une dizaine d'années, moi aussi, j'étais une assidue de la correspondance épistolaire. Ah! Quel plaisir je prenais à écrire de longues lettres à mon amie Marie-Caroline ou à ma cousine! C'était à celle qui écrirait la plus longue missive, et qui répondrait le plus vite. Quel plaisir aussi de découvrir une enveloppe sur-gonflée avec l'écriture connue dessus!
La technologie, c'est finalement à double tranchant: ça permet de partager avec le plus grand nombre ses coups de coeur littéraires, mais ça prive du plaisir épistolaire. Heureusement que des livres comme celui de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows (les auteurs de ce Cercle littéraire) existent pour nous rappeler comme c'était bien aussi, avant...

13:00 Écrit par Sophie dans 3615 Ma vie, Blog, Livre, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : série de l'été |
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Commentaires
Voyager avec notre imaginaire est un des plus beaux voyages..
Écrit par : Aurélie | samedi, 12 février 2011
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